Les fonctions du langage
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Chapitre 1
Introduction aux fonctions du langage et au modèle de Jakobson
Qu'est-ce que le langage et à quoi sert-il ?
Le langage est une capacité humaine fondamentale et complexe qui nous permet de communiquer. C'est un système de signes (mots, gestes, images, sons) qui servent à exprimer des pensées, des émotions, des idées et à interagir avec les autres.
Il existe deux grandes formes de communication :
- Communication verbale : Elle utilise les mots, qu'ils soient oraux (parole) ou écrits (texte). C'est la forme la plus élaborée et la plus précise du langage.
- Communication non verbale : Elle passe par les gestes, les expressions faciales, la posture, le ton de la voix, le regard, etc. Elle complète ou contredit souvent la communication verbale.
Le langage sert à de multiples fonctions essentielles :
- Exprimer ce que l'on ressent ou ce que l'on pense.
- Informer sur le monde, les faits, les événements.
- Influencer l'autre, le persuader, lui donner des ordres.
- Maintenir le lien social et interagir avec autrui.
- Créer (œuvres littéraires, poétiques).
- Réfléchir sur le langage lui-même.
L'importance du contexte est capitale. Le même mot, la même phrase, peut avoir des significations différentes selon la situation dans laquelle il est prononcé, qui le prononce, à qui, et dans quel but. Par exemple, "Il fait froid !" peut être une simple constatation, une plainte, ou une demande implicite de fermer la fenêtre.
Le modèle de Roman Jakobson : Émetteur, Récepteur, Message
Le linguiste russe Roman Jakobson (1896-1982) a proposé un modèle de la communication qui est devenu une référence. Selon lui, tout acte de communication implique six éléments fondamentaux, qu'il appelle les facteurs de la communication. Chacun de ces facteurs est associé à une fonction du langage spécifique.
Voici le schéma de la communication de Jakobson :
- Émetteur : C'est celui qui produit le message, qui parle ou écrit. (Ex: moi qui écris ce cours)
- Récepteur (ou Destinataire) : C'est celui à qui le message est adressé, qui écoute ou lit. (Ex: vous qui lisez ce cours)
- Message : C'est le contenu de la communication, ce qui est transmis. (Ex: le texte de ce cours)
- Contexte (ou Référent) : C'est le sujet du message, la réalité extérieure à laquelle le message renvoie. (Ex: les fonctions du langage en français)
- Contact (ou Canal) : C'est le moyen physique ou psychologique par lequel la communication s'établit et se maintient. (Ex: l'air pour la parole, le support écrit pour le texte, la connexion internet)
- Code : C'est le système de signes commun à l'émetteur et au récepteur, qui permet d'encoder et de décoder le message. (Ex: la langue française)
Ces six éléments sont en interdépendance : si l'un d'eux est altéré ou absent, la communication peut être perturbée ou impossible. Par exemple, si l'émetteur et le récepteur ne partagent pas le même code (langue), ils ne pourront pas se comprendre.
Présentation générale des six fonctions du langage
Chacun des six facteurs de la communication mis en évidence par Jakobson est lié à une fonction du langage prédominante. Une fonction est la finalité ou le but principal du message.
Voici une vue d'ensemble des fonctions :
| Facteur de la communication | Fonction du langage associée | Centrée sur... | Objectif principal | Exemple introductif |
|---|---|---|---|---|
| Émetteur | Expressive (ou Émotive) | L'émetteur | Exprimer les sentiments, émotions de l'émetteur. | « Quelle joie ! » |
| Récepteur | Conative | Le récepteur | Agir sur le récepteur, le faire réagir. | « Venez ici ! » |
| Contexte / Référent | Référentielle | La réalité extérieure | Informer, décrire, donner des faits. | « Il pleut. » |
| Contact / Canal | Phatique | Le maintien du contact | Vérifier, établir, maintenir ou rompre le contact. | « Allô ? Vous m'entendez ? » |
| Code | Métalinguistique | Le langage lui-même | Expliquer le sens des mots, le fonctionnement de la langue. | « 'Pénible' signifie 'fatigant'. » |
| Message | Poétique | La forme du message | Mettre en valeur le message pour sa beauté, sa musicalité. | « La lune s'attristait... » (Baudelaire) |
Il est crucial de comprendre que dans la plupart des communications réelles, plusieurs fonctions sont présentes simultanément. On parle alors de fonctions dominantes et secondaires. Une fonction est dominante si elle est l'objectif principal du message. Les autres fonctions sont secondaires, elles servent à soutenir la fonction dominante.
Chapitre 2
La fonction expressive (ou émotive) et la fonction conative
Exprimer ses émotions : La fonction expressive
La fonction expressive (ou émotive) est centrée sur l'émetteur. Son but principal est de révéler les sentiments, les éémotions, l'état d'esprit, l'attitude ou la personnalité de celui qui parle ou écrit. L'émetteur se manifeste explicitement ou implicitement dans son message.
Caractéristiques et marques linguistiques :
- Interjections et exclamations : Ah ! Oh ! Zut ! Magnifique ! Quelle horreur !
- Ponctuation expressive : Points d'exclamation (!), points de suspension (...).
- Adjectifs et adverbes évaluatifs : C'est terrible, je me sens merveilleusement bien.
- Verbes de sentiment : J'aime, je déteste, je souffre.
- Pronoms personnels de la première personne (je, moi, mon, ma, mes) : Ils marquent la présence de l'émetteur.
- Le ton et l'intonation (à l'oral) : Une voix tremblante, un ton joyeux, un débit rapide, etc., sont des indices forts de la fonction expressive.
- Les modalisateurs : indicateurs de doute, de certitude, d'opinion (peut-être, sans doute, il me semble que...).
Exemples :
- « Oh là là ! J'ai complètement oublié mon rendez-vous ! » (étonnement, désarroi)
- « C'est incroyable ce que tu as fait ! » (admiration ou indignation, selon l'intonation)
- « Je suis si fatigué ce soir... » (fatigue, lassitude)
Agir sur l'autre : La fonction conative
La fonction conative est centrée sur le récepteur. Son objectif est d'influencer, de provoquer une réaction, de persuader, de donner un ordre ou de solliciter quelque chose de la part de l'interlocuteur. L'émetteur cherche à agir sur le comportement ou la pensée du récepteur.
Caractéristiques et marques linguistiques :
- Impératifs : Venez ! Écoutez ! Faites attention !
- Vocatifs : Monsieur, Madame, Sophie, Toi, l'ami. (pour interpeller directement le récepteur)
- Pronoms personnels de la deuxième personne (tu, vous, ton, ta, tes, votre, vos) : Ils s'adressent directement au récepteur.
- Phrases interrogatives (surtout rhétoriques ou injonctives) : Pouvez-vous m'aider ? Ne devriez-vous pas être plus prudent ?
- Le discours persuasif : Arguments, injonctions, conseils, exhortations.
- Les verbes performatifs (je te promets, je te jure, je t'ordonne).
Exemples :
- « Veuillez éteindre vos téléphones. » (ordre, consigne)
- « Toi, écoute-moi bien ! » (interpellation, injonction)
- « Achetez notre produit, il changera votre vie ! » (publicité, persuasion)
Analyse d'exemples littéraires et publicitaires
Dans la littérature, ces fonctions sont très présentes.
- Fonction expressive : On la trouve dans les monologues intérieurs, les descriptions de sentiments des personnages, les poèmes lyriques où le poète exprime ses émotions.
- Exemple littéraire : « Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, suspendez votre cours ! » (Lamartine, Le Lac). L'émetteur (le poète) exprime son désir ardent d'arrêter le temps pour prolonger un moment d'amour passé. La ponctuation expressive, les interjections et l'emploi du "ô" renforcent cette fonction.
- Fonction conative : Elle est manifeste dans les discours des personnages, les supplications, les ordres, les appels au public dans les pièces de théâtre.
- Exemple littéraire : « Va, cours, vole et nous venge ! » (Corneille, Le Cid). Rodrigue reçoit un ordre clair d'agir, marqué par l'impératif.
Dans la publicité, la fonction conative est presque toujours dominante, car le but est de pousser le consommateur à acheter ou à adopter un comportement.
- Exemple publicitaire : « Buvez Coca-Cola ! » (impératif direct). « Ne manquez pas cette offre exceptionnelle ! » (injonction, avertissement).
- La fonction expressive peut aussi être utilisée pour créer une connexion émotionnelle avec le consommateur : « Retrouvez le goût de votre enfance ! » (évoque des sentiments, de la nostalgie).
Le repérage dans des textes de ces fonctions permet de comprendre les effets produits et l'intention de l'auteur. Si un auteur utilise beaucoup de marques de la fonction expressive, il cherche à émouvoir, à partager une subjectivité. S'il privilégie la fonction conative, il cherche à convaincre, à manipuler, à faire agir son lecteur.
Chapitre 3
La fonction référentielle et la fonction phatique
Informer sur le monde : La fonction référentielle
La foncion référentielle est centrée sur le référent, c'est-à-dire le sujet du message, la réalité extérieure, le contexte. Son objectif principal est d'informer, de décrire des faits, des événements, des objets de manière objective et neutre. C'est la fonction la plus courante dans le langage quotidien et dans les discours scientifiques ou journalistiques.
Caractéristiques et marques linguistiques :
- Objectivité et faits : Le message se veut neutre, sans jugement personnel de l'émetteur.
- Vocabulaire précis et dénotatif : Les mots sont utilisés dans leur sens propre, sans ambiguïté.
- Temps verbaux : Le présent de l'indicatif (vérité générale, faits), le passé simple ou le passé composé (événements passés).
- Absence de marques de subjectivité : Peu d'interjections, d'exclamations, de pronoms personnels de la première personne (sauf dans des contextes spécifiques comme les rapports scientifiques).
- Discours informatif et descriptif : Les textes visent à donner des informations, à expliquer, à rendre compte.
- Phrases déclaratives.
Exemples :
- « Paris est la capitale de la France. » (information factuelle)
- « Le soleil se lève à l'est. » (vérité générale)
- « Le rapport météorologique prévoit des averses pour cet après-midi. » (information objective)
- Un article de dictionnaire, une notice technique, un manuel scolaire.
Maintenir le contact : La fonction phatique
La fonction phatique est centrée sur le contact (ou le canal), c'est-à-dire le lien physique ou psychologique entre l'émetteur et le récepteur. Son but est d'établir, de vérifier, de maintenir ou de rompre la communication. Le contenu informatif du message est souvent secondaire, l'important est de s'assurer que le canal fonctionne et que l'interlocuteur est attentif.
Caractéristiques et marques linguistiques :
- Formules de salutation et d'adieu : Bonjour, Au revoir, Salut, À bientôt.
- Questions de vérification : Allô ? Tu m'entends ? Vous me suivez ? D'accord ?
- Petits mots ou expressions de confirmation : Oui, Bien sûr, Hmm, Euh, Tu vois ?, N'est-ce pas ?
- Phrases toutes faites pour relancer la conversation : Il fait beau, n'est-ce pas ? Alors, quoi de neuf ?
- Les silences ou les bruits qui peuvent indiquer une rupture de contact.
Exemples :
- Au téléphone : « Allô ? Oui, je vous entends bien. »
- Dans une conversation : « Il est en retard, tu vois ce que je veux dire ? »
- Lors d'une conférence : « Est-ce que tout le monde m'entend au fond de la salle ? »
- Un "Cher Monsieur," au début d'une lettre et un "Cordialement," à la fin.
Distinction et complémentarité dans la communication quotidienne
Ces deux fonctions sont très différentes mais se complètent dans la communication quotidienne.
- La fonction référentielle vise l'efficacité de la transmission de l'information. C'est la fonction de base pour échanger des connaissances.
- La fonction phatique vise l'efficacité de la transmission du lien social. Elle assure que l'échange a lieu dans de bonnes conditions.
Exemple de conversations :
- Message clair vs. message de maintien :
- Si je dis : « Le train part à 10h. » (Fonction référentielle dominante : information).
- Si je dis : « Allô ? Le train part à 10h, tu m'entends bien ? » (Fonction référentielle + fonction phatique. La phatique s'assure que l'information passe).
- On utilise beaucoup de formules phatiques pour "meubler" le silence, pour montrer qu'on est attentif, même si on n'apporte pas d'information nouvelle : « Ah oui, d'accord », « Je comprends », « C'est ça ».
L'importance de chaque fonction varie selon la situation. Dans un cours magistral, la fonction référentielle est primordiale. Lors d'un premier contact ou d'une discussion informelle, la fonction phatique prendra une place plus importante pour établir un climat de confiance et de bonne écoute. Il est essentiel de ne pas négliger la fonction phatique, car sans un bon contact, l'information (référentielle) risque de ne pas être bien reçue.
Chapitre 4
La fonction métalinguistique et la fonction poétique
Parler du langage : La fonction métalinguistique
La fonction métalinguistique est centrée sur le code lui-même. Elle intervient lorsque le langage est utilisé pour parler du langage, pour expliquer, définir ou clarifier un mot, une règle grammaticale, ou le fonctionnement de la communication. Elle est essentielle pour s'assurer que l'émetteur et le récepteur partagent la même compréhension du code.
Caractéristiques et marques linguistiques :
- Définitions et explications : Utilisation de guillemets pour isoler un mot dont on parle, de parenthèses pour des précisions.
- Reformulations : « C'est-à-dire », « En d'autres termes », « Autrement dit ».
- Questions sur le sens des mots : « Que signifie ce mot ? », « Comment dit-on cela ? ».
- Correction et clarification : « Je voulais dire... », « Non, pas ça, mais plutôt... ».
- Utilisation de termes techniques de la linguistique : Nom, verbe, syntaxe, sémantique.
Exemples :
- « Le mot "chien" est un substantif. » (parler de la nature grammaticale d'un mot)
- « Quand je dis "pénible", je veux dire fatigant, pas ennuyeux. » (clarification du sens)
- « Le participe passé s'accorde avec le sujet quand l'auxiliaire est "être". » (règle de grammaire)
- Un dictionnaire, un cours de langue.
La beauté du message : La fonction poétique
La fonction poétique est centrée sur le message lui-même, non pas pour son contenu informatif, mais pour sa forme, son esthétique, sa structure, sa musicalité. L'attention est portée sur la manière dont le message est construit, sur le choix des mots, leur agencement, les sonorités, le rythme. L'objectif est de produire un effet esthétique, de créer une émotion ou de susciter une réflexion sur la forme même du langage.
Caractéristiques et marques linguistiques :
- Figures de style : Métaphores, comparaisons, allitérations, assonances, anaphores, oxymores, etc.
- Rythme et sonorités : Jeux sur les rimes, les mètres, l'harmonie ou la dissonance des sons.
- Choix inhabituel des mots : Utilisation de mots rares, d'archaïsmes, de néologismes.
- Structure particulière du message : Versification, strophes, jeux typographiques.
- L'ambiguïté, la polysémie sont souvent recherchées.
Exemples :
- « La lune s'attristait » (Baudelaire) : Personnification, la lune ne peut pas être triste. L'intérêt est dans l'image créée.
- « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » (Verlaine) : Le rythme, l'allitération en "r" et la sonorité des mots sont mis en avant.
- Slogans publicitaires qui jouent sur les mots : « Un esprit sain dans un corps sain » (rythme, allitérations).
Application à l'analyse de textes littéraires et poétiques
Ces deux fonctions sont particulièrement importantes dans l'étude des textes.
- La fonction métalinguistique peut apparaître dans un texte littéraire lorsqu'un personnage s'interroge sur le sens d'un mot, ou qu'un narrateur commente la façon dont il utilise le langage. Elle aide à la clarification et à la compréhension du texte.
- La fonction poétique est la fonction dominante de la poésie et d'une grande partie de la littérature. L'identification des procédés (figures de style, rythme, sonorités) permet l'interprétation des effets produits par l'auteur. Elle éclaire le rôle de la forme dans la construction du sens.
- Quand un poète utilise une métaphore, il ne cherche pas à donner une information objective (référentielle), ni à exprimer directement une émotion (expressive), mais plutôt à créer une image forte, à suggérer, à faire réfléchir sur la beauté ou l'originalité de son expression.
Pour l'analyse littéraire, il est essentiel de reconnaître comment l'auteur joue avec la forme du langage pour enrichir le message et produire des significations multiples.
Chapitre 5
Interactions et dominance des fonctions
Les fonctions ne sont jamais isolées
Il est crucial de comprendre que, dans la réalité de la communication, les six fonctions du langage de Jakobson ne sont jamais isolées. Elles coexistent presque toujours au sein d'un même message. Un message est rarement "purement" référentiel ou "purement" poétique.
Pensez à une conversation simple :
- « Bonjour ! (phatique) Il fait beau aujourd'hui, n'est-ce pas ? (référentielle + phatique) Je suis si content d'être dehors ! (expressive) » Dans cet exemple, plusieurs fonctions sont entremêlées, même dans une phrase courte.
Il y a une hiérarchie des fonctions dans la plupart des messages. Une fonction est généralement dominante, c'est-à-dire qu'elle représente l'intention principale de l'émetteur et le but premier du message. Les autres fonctions sont alors secondaires, elles viennent soutenir ou compléter la fonction dominante.
Exemples de messages complexes :
- Un poème d'amour : La fonction dominante est la poétique (par la musicalité, les images). Mais il y a aussi une fonction expressive (sentiments du poète) et parfois conative (appel à l'aimé(e)).
- Un discours politique : La fonction dominante est souvent la conative (convaincre, mobiliser). Mais il y a aussi la référentielle (informations sur la situation), l'expressive (indignation du locuteur), et parfois la poétique (figures de style pour marquer les esprits).
Identifier la fonction dominante d'un message
L'identification de la fonction dominante est une compétence clé. Pour cela, il faut se poser plusieurs questions et analyser les critères de dominance :
- Quelle est l'intention principale de l'émetteur ? Que cherche-t-il à faire en priorité ? Informer ? Convaincre ? Exprimer ? Maintenir le contact ? Jouer avec les mots ? Expliquer le langage ?
- Quelles sont les marques linguistiques les plus nombreuses ou les plus frappantes ? Y a-t-il beaucoup d'impératifs (conative) ? D'exclamations (expressive) ? De faits objectifs (référentielle) ? De jeux de mots (poétique) ?
- Quel est le contexte de la communication ? (Un article de journal, une publicité, une lettre intime, un cours de français n'auront pas les mêmes fonctions dominantes).
L'analyse contextuelle est essentielle. Un même énoncé peut avoir une fonction dominante différente selon la situation.
- « Le feu ! » :
- Si prononcé par un enfant en jouant : fonction expressive (enthousiasme).
- Si crié dans un bâtiment en flammes : fonction conative (alerter, faire fuir).
- Si c'est la légende d'une photo d'un feu de cheminée : fonction référentielle (décrire).
Exercices pratiques d'identification et d'analyse
Pour maîtriser l'identification des fonctions, il faut s'entraîner sur des textes variés.
Exemple d'exercice : Analysez les fonctions dominantes et secondaires dans les extraits suivants.
-
Publicité pour un shampooing : « Vos cheveux rêvent de brillance ? Offrez-leur notre formule unique à l'extrait de perle. Brillez de mille feux ! »
- Dominante : Conative (impératif "Offrez-leur", interpellations "Vos cheveux rêvent", invitation "Brillez"). Le but est de vendre.
- Secondaire : Poétique (allitération en "b" et "f", image "Brillez de mille feux"). L'esthétique du message renforce l'attractivité.
- Secondaire : Référentielle (information sur le produit "formule unique à l'extrait de perle").
-
Extrait de journal : « Le gouvernement a annoncé hier une série de mesures destinées à relancer l'emploi. Parmi elles, une baisse des cotisations sociales pour les petites entreprises. »
- Dominante : Référentielle. Le but est d'informer objectivement.
- Secondaire : Il peut y avoir une légère fonction expressive si le ton est très engagé, mais ce n'est pas le cas ici.
-
Phrase d'un dictionnaire : « Le mot "phonème" désigne la plus petite unité distinctive du langage oral. »
- Dominante : Métalinguistique. Le langage sert à expliquer un terme linguistique.
- Secondaire : Référentielle (donne une information sur ce qu'est un phonème).
La justification des choix est primordiale. Il ne suffit pas de nommer la fonction, il faut toujours citer les marques linguistiques et expliquer en quoi elles soutiennent l'identification de la fonction. Cela développe l'argumentation et la pensée critique.
Chapitre 6
Enjeux et applications des fonctions du langage
Comprendre les intentions de communication
Maîtriser les fonctions du langage est un outil puissant pour le décryptage des messages que nous recevons au quotidien. Chaque acte de communication a un but, une intention. Identifier la fonction dominante permet de saisir cette intention :
- Est-ce que l'on essaie de m'informer (référentielle) ?
- De me convaincre de faire quelque chose (conative) ?
- De partager un sentiment (expressive) ?
- De s'assurer que je suis attentif (phatique) ?
- De jouer avec les mots pour le plaisir ou pour créer une œuvre (poétique) ?
- Ou de m'expliquer un concept (métalinguistique) ?
Cette capacité d'analyse est fondamentale pour développer une analyse critique. Dans un monde saturé d'informations, de publicités, de discours politiques, savoir reconnaître les intentions sous-jacentes permet de ne pas être passif face aux messages. Cela aide à débusquer la manipulation et la persuasion cachées. Par exemple, une publicité peut se présenter comme informative (référentielle) alors que sa fonction dominante est bien conative (vendre).
Améliorer sa propre communication
La connaissance des fonctions du langage n'est pas seulement utile pour analyser les messages des autres ; elle est également essentielle pour améliorer sa propre communication.
- Adapter son discours : En fonction de l'objectif que l'on vise (informer, persuader, émouvoir), on peut consciemment choisir les marques linguistiques appropriées. Par exemple, pour un exposé, privilégier la fonction référentielle avec un vocabulaire précis. Pour un débat, utiliser des procédés de la fonction conative.
- Clarté et efficacité : En ayant conscience de l'objectif de chaque fonction, on peut rendre ses messages plus clairs et plus efficaces. Si l'objectif est d'informer, on évitera les digressions expressives ou poétiques qui pourraient brouiller le message. Si l'objectif est de maintenir le contact, on utilisera des formules phatiques appropriées.
- Conscience des effets produits : Comprendre comment les mots et les structures influencent le récepteur permet de mieux anticiper les réactions de son auditoire et d'ajuster son discours en conséquence.
Les fonctions du langage dans l'étude des textes littéraires
Pour l'épreuve de français au baccalauréat, l'étude des fonctions du langage est un outil d'analyse littéraire indispensable.
- Interprétation des œuvres : Elles permettent de comprendre les intentions de l'auteur, les effets qu'il cherche à produire sur le lecteur et la spécificité de chaque genre littéraire.
- Un poème lyrique mettra en avant la fonction expressive et poétique.
- Un essai philosophique privilégiera la fonction référentielle et métalinguistique.
- Une pièce de théâtre comportera de fortes fonctions conatives dans les dialogues.
- Préparation à l'épreuve du baccalauréat : Que ce soit pour le commentaire composé, la dissertation ou l'oral, la capacité à identifier et analyser les fonctions du langage enrichit considérablement l'analyse des textes. Elle permet de justifier le choix des procédés d'écriture, d'expliquer comment l'auteur construit son message et quels sont les enjeux de sa communication.
En somme, l'étude des fonctions du langage offre une grille d'analyse précieuse pour toute forme de communication, qu'elle soit quotidienne ou littéraire, et constitue une base solide pour développer un esprit critique et une communication plus réfléchie et efficace.
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