La France et la construction de nouveaux États : les unités italienne et allemande entre 1850 et 1871
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Chapitre 1
I. Le contexte européen et les aspirations nationales
A. L'Europe au milieu du XIXe siècle : un continent en mutation
Au milieu du XIXe siècle, l'Europe est un continent en pleine transformation. Après les bouleversements de la Révolution française et de l'Empire napoléonien, les grandes puissances européennes (Autriche, Prusse, Russie, Royaume-Uni et France) ont tenté de rétablir un équilibre lors du Congrès de Vienne (1815). Cet équilibre, appelé le Concert européen, visait à garantir la paix et à empêcher toute nouvelle hégémonie. Cependant, sous cette stabilité apparente, des forces profondes travaillaient à changer la donne.
Le Printemps des peuples de 1848 a été un moment clé. C'est une série de révolutions qui ont éclaté dans de nombreux pays d'Europe (France, Allemagne, Italie, Autriche, Hongrie, etc.). Ces révolutions étaient souvent animées par deux grandes idées :
- Les idées libérales : elles réclamaient plus de libertés individuelles (presse, réunion), des constitutions, et une participation accrue des citoyens à la vie politique (suffrage).
- Les idées nationales : elles affirmaient le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, c'est-à-dire à former leur propre État-nation, basé sur une langue, une culture et une histoire communes.
Même si les révolutions de 1848 ont été en grande partie réprimées, elles ont semé les graines des mouvements d'unification futurs. Les aspirations à l'unité nationale sont devenues de plus en plus fortes, notamment dans les régions fragmentées comme l'Italie et l'Allemagne.
B. La fragmentation de l'Italie et de l'Allemagne
Avant leur unification, l'Italie et l'Allemagne n'existaient pas en tant qu'États nations unifiés, mais plutôt comme des mosaïques de petits États.
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Morcellement politique italien : La péninsule italienne était divisée en plusieurs entités. On y trouvait :
- Le royaume de Piémont-Sardaigne (seul État indépendant et constitutionnel)
- Le royaume des Deux-Siciles (au sud)
- Les États pontificaux (au centre, sous l'autorité du Pape)
- La Lombardie-Vénétie (au nord, sous domination autrichienne)
- Plusieurs petits duchés (Toscane, Parme, Modène) également sous influence autrichienne. Cette division était un obstacle majeur à la création d'une Italie unie.
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Confédération germanique : L'Allemagne n'était pas unie non plus. Après le Congrès de Vienne, elle était organisée en une Confédération germanique qui regroupait 39 États indépendants, dont les deux plus puissants étaient l'Autriche et la Prusse. Cette confédération était une alliance lâche, sans véritable gouvernement central, et les rivalités entre l'Autriche et la Prusse rendaient toute unification difficile.
Les principaux obstacles à l'unité étaient donc :
- La domination étrangère (Autriche en Italie et en Allemagne).
- Les intérêts divergents des différents États (chaque prince voulait conserver son pouvoir).
- L'absence d'une force politique ou militaire suffisamment puissante pour imposer l'unité.
C. Les acteurs et les idéologies de l'unité
Malgré les obstacles, des forces et des individus se sont mobilisés pour réaliser ces unités.
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Mouvements nationaux :
- En Italie, le mouvement s'appelle le Risorgimento (qui signifie "Résurrection"). Il visait la renaissance d'une nation italienne unie et indépendante. Il était porté par des intellectuels, des révolutionnaires (comme Mazzini) et des hommes d'État.
- En Allemagne, on parle de pangermanisme, l'idée d'unir tous les peuples germanophones en un seul grand État. Ces mouvements s'appuyaient sur l'idée d'une identité culturelle et linguistique commune.
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Rôle des élites : L'unification n'était pas seulement un mouvement populaire. Elle a été largement impulsée par des élites politiques et intellectuelles, des hommes d'État visionnaires et des leaders militaires. Ces élites ont su instrumentaliser les aspirations populaires et les diriger vers un objectif commun.
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Idée de nation : Au cœur de ces mouvements se trouve la notion moderne de nation. Une nation est une communauté de personnes qui partagent une histoire, une culture, une langue, des traditions et souvent le désir de vivre ensemble sous un même gouvernement. C'est cette idée, héritée de la Révolution française, qui a servi de moteur aux processus d'unification.
Chapitre 2
II. L'unité italienne : un processus complexe avec l'aide française
A. Le rôle du royaume de Piémont-Sardaigne et de Cavour
Le royaume de Piémont-Sardaigne, dirigé par la dynastie de Savoie, est devenu le moteur de l'unité italienne.
- Victor-Emmanuel II : Roi du Piémont-Sardaigne à partir de 1849, il est le seul monarque constitutionnel d'Italie et incarne les espoirs des nationalistes. Il sera le premier roi de l'Italie unie.
- Cavour et sa politique : Le personnage clé est son Premier ministre, le comte Camillo Benso de Cavour. C'est un homme d'État brillant, pragmatique et réaliste. Sa stratégie repose sur plusieurs piliers :
- La modernisation du Piémont : Il développe l'économie (chemins de fer, industrie), modernise l'armée et applique une politique libérale. Cela fait du Piémont un modèle pour le reste de l'Italie.
- La diplomatie : Cavour comprend que le Piémont ne peut pas vaincre l'Autriche seul. Il cherche donc des alliances extérieures, notamment auprès de la France.
- L'expulsion de l'Autriche : Il considère que l'Autriche est le principal obstacle à l'unité et qu'il faut l'expulser de la péninsule.
B. L'intervention française et la guerre d'Italie (1859)
La France de Napoléon III va jouer un rôle décisif dans le déclenchement de l'unité italienne.
- Napoléon III et la question italienne : Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, avait une sympathie pour la cause italienne, en partie due à son passé carbonaro (société secrète révolutionnaire italienne). Il voyait aussi dans une Italie unie un contrepoids à l'Autriche et un moyen d'affirmer la puissance française en Europe.
- Entrevue de Plombières (1858) : Cavour rencontre secrètement Napoléon III à Plombières-les-Bains. Ils concluent un accord : la France aidera le Piémont en cas d'agression autrichienne, en échange de la cession de Nice et de la Savoie à la France. L'objectif est de créer un royaume d'Italie du Nord sous la maison de Savoie, et une confédération italienne.
- La guerre d'Italie (1859) : Le Piémont provoque l'Autriche qui déclare la guerre. La France intervient. Les armées franco-piémontaises remportent des victoires sanglantes mais décisives aux batailles de Magenta et de Solférino. Ces victoires affaiblissent considérablement l'Autriche en Italie. Cependant, face à l'ampleur des pertes et craignant une intervention prussienne, Napoléon III signe un armistice séparé avec l'Autriche à Villafranca, sans consulter Cavour. Cela aboutit à l'annexion de la Lombardie au Piémont, mais la Vénétie reste autrichienne. En contrepartie de son aide, la France obtient Nice et la Savoie.
C. Garibaldi et l'unification par le Sud
L'armistice de Villafranca déçoit les nationalistes italiens, mais le mouvement d'unification continue.
- Expédition des Mille (1860) : Giuseppe Garibaldi, un héros nationaliste et républicain, organise une expédition audacieuse. À la tête d'un millier de volontaires (les "Chemises Rouges"), il débarque en Sicile, puis remonte la péninsule, renversant le royaume des Deux-Siciles. Son succès est fulgurant et suscite un immense enthousiasme populaire.
- Rattachement du Sud : Plébiscites (votes populaires) sont organisés dans les territoires conquis par Garibaldi. Ils votent massivement pour le rattachement au royaume de Piémont-Sardaigne.
- Rencontre de Teano (1860) : Garibaldi, malgré ses idéaux républicains, accepte de remettre ses conquêtes à Victor-Emmanuel II pour éviter une guerre civile et consolider l'unité. C'est un acte de patriotisme majeur.
D. L'achèvement de l'unité et la question romaine
L'unité est presque complète, mais il reste des territoires à intégrer.
- Proclamation du royaume d'Italie (1861) : Le 17 mars 1861, le royaume d'Italie est officiellement proclamé, avec Victor-Emmanuel II pour roi et Turin comme capitale. L'unité est réalisée, à l'exception de la Vénétie et de Rome.
- Annexion de Venise (1866) : L'Italie s'allie à la Prusse lors de la guerre austro-prussienne. Bien que militairement l'Italie ne brille pas, la victoire prussienne sur l'Autriche permet à l'Italie de récupérer la Vénétie.
- Prise de Rome (1870) : La "question romaine" est le dernier obstacle. Rome est la capitale des États pontificaux, défendue par les troupes françaises de Napoléon III, qui est le protecteur du Pape Pie IX. En 1870, lorsque la guerre franco-prussienne éclate, Napoléon III doit retirer ses troupes de Rome pour les envoyer au front. L'armée italienne en profite pour prendre la ville. Rome devient la capitale de l'Italie unifiée. Le Pape se déclare prisonnier du Vatican, ce qui ouvre une crise entre l'Église et l'État italien qui durera jusqu'en 1929 (Accords du Latran).
Chapitre 3
III. L'unité allemande : la Prusse et la politique de Bismarck
A. La Prusse, moteur de l'unité allemande
Comme le Piémont pour l'Italie, la Prusse est l'État le plus puissant et le plus dynamique de la Confédération germanique.
- Guillaume Ier : Roi de Prusse à partir de 1861, il nomme Bismarck chancelier et le soutient dans sa politique d'unification. Il deviendra le premier empereur allemand.
- Otto von Bismarck : C'est le personnage central de l'unité allemande. Nommé chancelier en 1862, il est un homme politique conservateur, pragmatique et autoritaire, surnommé le "chancelier de fer". Il a une vision claire : l'unité allemande doit se faire autour de la Prusse et sans l'Autriche.
- Zollverein : Créé en 1834, le Zollverein est une union douanière qui a supprimé les barrières commerciales entre les États allemands (sauf l'Autriche). Il a favorisé les échanges économiques et a créé une première forme d'unité économique, préparant le terrain pour l'unité politique sous l'égide prussienne.
B. La politique de Bismarck : le « fer et le sang »
Bismarck est célèbre pour sa phrase : "Ce n'est pas par des discours et des votes majoritaires que les grandes questions de notre temps seront décidées, mais par le fer et le sang." Cela résume sa Realpolitik.
- Realpolitik : C'est une politique étrangère basée sur des considérations pratiques et des intérêts nationaux, plutôt que sur des idéaux ou une morale. Bismarck n'hésite pas à utiliser la force militaire et la ruse diplomatique pour atteindre ses objectifs.
- Renforcement militaire : Dès son arrivée au pouvoir, Bismarck entreprend de moderniser et de renforcer l'armée prussienne. Il contourne le parlement pour obtenir les crédits nécessaires, faisant de l'armée prussienne la plus efficace d'Europe.
- Isolement diplomatique de l'Autriche : Bismarck s'attache à isoler l'Autriche sur la scène internationale pour l'empêcher d'intervenir contre les projets prussiens. Il s'assure de la neutralité de la France et de la Russie.
C. Les guerres d'unification
L'unité allemande se réalise par une série de trois guerres, toutes initiées ou provoquées par Bismarck.
- Guerre des Duchés (1864) : La Prusse et l'Autriche s'allient contre le Danemark pour le contrôle des duchés de Schleswig et Holstein. La victoire leur permet de récupérer ces territoires. Bismarck utilise cette guerre pour tester son armée et pour créer un contentieux avec l'Autriche sur la gestion des duchés.
- Guerre austro-prussienne (1866) : Bismarck provoque l'Autriche au sujet des duchés. En seulement sept semaines, l'armée prussienne écrase l'armée autrichienne à la bataille de Sadowa. Cette victoire est décisive.
- Conséquences : L'Autriche est exclue des affaires allemandes, la Confédération germanique est dissoute.
- Confédération de l'Allemagne du Nord : La Prusse crée la Confédération de l'Allemagne du Nord en 1867, regroupant les États allemands du nord sous sa direction. Les États du sud (Bavière, Bade, Wurtemberg) restent indépendants mais signent des traités militaires secrets avec la Prusse. L'unité est presque achevée, mais il reste à intégrer le Sud.
Chapitre 4
IV. La guerre franco-prussienne et l'achèvement des unités
A. Les causes et le déclenchement du conflit
- Tensions franco-prussiennes : La France de Napoléon III s'inquiète de la montée en puissance de la Prusse et de l'unité allemande. Napoléon III avait espéré des compensations territoriales (Luxembourg, Belgique) en échange de sa neutralité, mais Bismarck s'y est toujours opposé. La France se sent humiliée et encerclée.
- Dépêche d'Ems (1870) : L'étincelle est la candidature d'un prince allemand au trône d'Espagne. La France s'y oppose fermement. Guillaume Ier retire la candidature. Cependant, Bismarck, par une habile manipulation diplomatique (la Dépêche d'Ems), publie une version tronquée et provocatrice de la conversation entre le roi de Prusse et l'ambassadeur de France. Cela enflamme l'opinion publique française et prussienne.
- Déclaration de guerre française : Sous la pression de son gouvernement et de l'opinion publique, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. C'est exactement ce que Bismarck souhaitait : la France apparaissait comme l'agresseur, ce qui permettait d'unir les États du sud de l'Allemagne à la Prusse.
B. Le déroulement de la guerre et la chute du Second Empire
La guerre est un désastre pour la France.
- Supériorité militaire prussienne : L'armée prussienne, réorganisée par von Moltke, est supérieure en nombre, en artillerie, en organisation et en stratégie. Elle utilise efficacement le chemin de fer pour le transport des troupes.
- Bataille de Sedan (1er septembre 1870) : C'est la bataille décisive. L'armée française est encerclée et l'empereur Napoléon III est fait prisonnier.
- Proclamation de la IIIe République : La nouvelle de la défaite de Sedan provoque une révolution à Paris le 4 septembre 1870. Le Second Empire est renversé et la IIIe République est proclamée. Un gouvernement de Défense nationale tente de poursuivre la guerre, mais Paris est assiégée.
C. La proclamation de l'Empire allemand et le traité de Francfort
La victoire prussienne a des conséquences majeures pour l'Europe.
- Proclamation à Versailles (1871) : Le 18 janvier 1871, dans la Galerie des Glaces du château de Versailles (symbole de la puissance française), les princes allemands proclament l'Empire allemand. Guillaume Ier de Prusse devient le premier empereur allemand (Kaiser). C'est une humiliation profonde pour la France.
- Annexion de l'Alsace-Lorraine : La guerre se termine par le traité de Francfort (10 mai 1871). La France est lourdement vaincue. Elle doit céder l'Alsace et une partie de la Lorraine à l'Empire allemand et payer une énorme indemnité de guerre.
- Conséquences pour la France : La perte de l'Alsace-Lorraine est vécue comme une amputation nationale et alimentera un fort sentiment de revanchisme en France pendant des décennies. La défaite marque la fin de la période de puissance de Napoléon III et le début d'une longue période de rivalité franco-allemande.
Chapitre 5
V. Bilan et conséquences des unités italienne et allemande
A. Une nouvelle carte de l'Europe
- Émergence de deux grandes puissances : L'Italie et surtout l'Allemagne deviennent des États-nations puissants et unifiés. L'Allemagne, avec sa population nombreuse et son industrie en plein essor, devient la première puissance continentale.
- Fin du Concert européen : L'équilibre des puissances établi en 1815 est rompu. L'Autriche est affaiblie, la France est humiliée et isolée.
- Déséquilibre des forces : La puissance allemande crée un nouveau déséquilibre en Europe, suscitant l'inquiétude des autres nations et préparant le terrain pour de futures rivalités.
B. Les héritages politiques et idéologiques
- Nationalisme exacerbé : Les processus d'unification ont renforcé un nationalisme souvent agressif, basé sur l'idée de supériorité nationale et la rivalité entre les peuples. Ce nationalisme sera une force destructrice au XXe siècle.
- Question des minorités : La création d'États-nations ne résout pas toujours la question des minorités ethniques ou linguistiques. Par exemple, des populations italiennes restent sous domination autrichienne (Trentin, Trieste) et des populations allemandes vivent en dehors de l'Empire. En France, la question de l'Alsace-Lorraine restera une plaie ouverte.
- Modèles d'unification : L'Italie a été unie par une combinaison de diplomatie, de guerres et de mouvements populaires. L'Allemagne a été unie "par le fer et le sang", sous l'égide autoritaire d'un État puissant, la Prusse. Ces deux modèles inspireront ou diviseront les mouvements nationalistes futurs.
C. Les tensions futures
- Revanchisme français : La perte de l'Alsace-Lorraine et l'humiliation de 1870-1871 nourrissent un profond désir de revanche en France. La "ligne bleue des Vosges" (la nouvelle frontière) devient un symbole de cette revendication.
- Système bismarckien : Conscient de la fragilité de la nouvelle puissance allemande, Bismarck met en place un complexe système d'alliances défensives pour isoler la France et maintenir la paix en Europe. Ces alliances (Triple Alliance) seront une des causes indirectes de la Première Guerre mondiale.
- Prélude aux conflits mondiaux : Les unifications allemande et italienne, en modifiant radicalement la carte de l'Europe et en exacerbant les nationalismes, sont considérées par de nombreux historiens comme des étapes cruciales menant aux grandes guerres du XXe siècle. Les rivalités territoriales, économiques et politiques créées ou renforcées par ces événements constitueront le terreau des tensions futures.
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