Éducation nationale françaiseSpécialité MathématiquesPremière générale24 min de lecture

Démonstration et raisonnement

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Première générale

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Chapitre 1

Introduction à la Logique et au Raisonnement

Qu'est-ce qu'une démonstration ?

En mathématiques, une démonstration est un processus rigoureux et logique qui établit la vérité d'une affirmation (appelée théorème, propriété ou proposition) à partir d'un ensemble de prémisses ou d'axiomes déjà acceptés comme vrais. Elle assure qu'une proposition est vraie de manière universelle, sans exception.

La nécessité de la preuve en mathématiques est fondamentale. Contrairement à d'autres sciences où l'expérimentation peut suffire, en mathématiques, un grand nombre d'exemples vérifiant une propriété ne suffit pas à prouver sa véracité générale. Par exemple, si vous testez que n2+n+41n^2 + n + 41 donne un nombre premier pour n=0,1,2,...,39n=0, 1, 2, ..., 39, cela semble vrai. Mais pour n=40n=40, on obtient 402+40+41=1600+40+41=1681=41240^2 + 40 + 41 = 1600 + 40 + 41 = 1681 = 41^2, qui n'est pas un nombre premier. Un seul cas suffit à invalider une proposition générale si celle-ci est fausse.

La distinction entre preuve et exemple est cruciale :

  • Un exemple illustre une propriété, il montre qu'elle peut être vraie dans un cas particulier. Il ne prouve rien de général.
  • Une démonstration garantit que la propriété est vraie dans tous les cas couverts par ses conditions. Elle est une chaîne de déductions logiques irréfutables.

Propositions et connecteurs logiques

Une proposition (ou assertion) est une phrase déclarative qui peut être vraie (V) ou fausse (F), mais pas les deux à la fois. Exemples :

  • "Paris est la capitale de la France." (Vraie)
  • "2 + 2 = 5." (Fausse)
  • "Quel temps fait-il ?" (N'est pas une proposition)

Les opérateurs logiques (ou connecteurs logiques) permettent de construire de nouvelles propositions à partir de propositions existantes. Les principaux sont :

  1. Et (conjonction), noté \land : La proposition "PQP \land Q" est vraie si et seulement si P est vraie ET Q est vraie.

    PQPQP \land Q
    VVV
    VFF
    FVF
    FFF
  2. Ou (disjonction), noté \lor : La proposition "PQP \lor Q" est vraie si et seulement si P est vraie OU Q est vraie (ou les deux). C'est le "ou" inclusif.

    PQPQP \lor Q
    VVV
    VFV
    FVV
    FFF
  3. Non (négation), noté ¬\neg : La proposition "¬P\neg P" (non P) est vraie si et seulement si P est fausse.

    P¬P\neg P
    VF
    FV

Ces tables de vérité sont des outils essentiels pour analyser la valeur de vérité des propositions composées.

Implication et équivalence

  1. Implication (si... alors...), notée \Rightarrow : La proposition "PQP \Rightarrow Q" se lit "Si P, alors Q" ou "P implique Q".

    • P est appelée l'hypothèse ou la condition suffisante.

    • Q est appelée la conclusion ou la condition nécessaire. La proposition "PQP \Rightarrow Q" est fausse seulement si P est vraie ET Q est fausse. Dans tous les autres cas, elle est vraie. | P | Q | PQP \Rightarrow Q | |---|---|-----------------| | V | V | V | | V | F | F | | F | V | V | | F | F | V | Une implication est vraie dès que l'hypothèse est fausse, peu importe la conclusion. Par exemple, "Si je suis un éléphant, alors j'ai des ailes" est une proposition vraie car l'hypothèse ("je suis un éléphant") est fausse.

    • Condition suffisante : Pour que Q soit vraie, il suffit que P soit vraie.

    • Condition nécessaire : Pour que P soit vraie, il est nécessaire que Q soit vraie (si P est vraie, alors Q doit l'être).

  2. Équivalence (si et seulement si), notée \Leftrightarrow : La proposition "PQP \Leftrightarrow Q" se lit "P si et seulement si Q" ou "P est équivalent à Q". Elle est vraie si P et Q ont la même valeur de vérité (toutes deux vraies ou toutes deux fausses). |PQP \Leftrightarrow Q est équivalente à $(P \Rightarrow Q) \land (Q \Rightarrow P)$.

    PQPQP \Leftrightarrow Q
    VVV
    VFF
    FVF
    FFV
    L'équivalence signifie que P et Q sont interchangeables du point de vue de leur valeur de vérité.
    • Condition nécessaire et suffisante : P est une condition nécessaire et suffisante pour Q (et vice-versa).

Chapitre 2

Les Fondamentaux du Raisonnement Direct

Raisonnement par déduction

Le raisonnement par déduction est la forme la plus courante de démonstration en mathématiques. Il consiste à partir d'une ou plusieurs propositions considérées comme vraies (les prémisses ou hypothèses) pour en tirer une conclusion logiquement inévitable. La conclusion est garantie d'être vraie si les prémisses sont vraies et que la logique est respectée.

Exemple simple de déduction :

  • Prémisse 1 : Tous les hommes sont mortels.
  • Prémisse 2 : Socrate est un homme.
  • Conclusion : Donc, Socrate est mortel.

En mathématiques, cela se traduit par l'application de définitions, de théorèmes et de propriétés déjà établies. Chaque étape de la déduction doit être justifiée par une règle logique ou un résultat connu.

Utilisation des définitions et propriétés

Pour structurer une démonstration directe, il est essentiel d'appliquer rigoureusement les définitions et de mobiliser les propriétés connues.

  1. Application rigoureuse des définitions : Chaque terme mathématique utilisé doit être compris selon sa définition exacte. Par exemple, pour prouver qu'un triangle est équilatéral, il faut montrer que ses trois côtés ont la même longueur (par définition). Pour prouver qu'un nombre est pair, il faut montrer qu'il peut s'écrire sous la forme 2k2kkk est un entier.

  2. Mobilisation des propriétés connues : Ce sont les théorèmes, axiomes et lemmes que l'on a déjà prouvés ou qui sont admis. Par exemple, le théorème de Pythagore, les propriétés des fonctions dérivables, les règles de calcul algébrique. Exemple : Pour prouver que deux droites sont parallèles, on peut utiliser la propriété : "Si deux droites sont perpendiculaires à une même troisième droite, alors elles sont parallèles entre elles."

  3. Structurer une démonstration directe :

    • Énoncer clairement les hypothèses (ce que l'on sait).
    • Énoncer clairement la conclusion (ce que l'on veut prouver).
    • Établir une suite d'étapes logiques, chacune découlant de la précédente ou d'une propriété connue.
    • Justifier chaque étape : "d'après la définition de...", "selon le théorème de...", "par propriété de...".
    • Conclure en réaffirmant ce qui a été prouvé.

Exemples de démonstrations directes

  1. Démonstrations en algèbre : Proposition : La somme de deux nombres pairs est un nombre pair.

    • Hypothèse : Soient aa et bb deux nombres entiers pairs.
    • Ce que l'on veut prouver : a+ba+b est un nombre pair.
    • Démonstration :
      1. Puisque aa est un nombre pair, par définition, il existe un entier kk tel que a=2ka = 2k.
      2. Puisque bb est un nombre pair, par définition, il existe un entier mm tel que b=2mb = 2m.
      3. Alors, la somme a+b=2k+2ma+b = 2k + 2m.
      4. On peut factoriser par 2 : a+b=2(k+m)a+b = 2(k+m).
      5. Puisque kk et mm sont des entiers, leur somme k+mk+m est aussi un entier. Appelons cet entier K=k+mK = k+m.
      6. Donc, a+b=2Ka+b = 2K.
      7. Par définition, un nombre qui s'écrit sous la forme 2K2K (où KK est un entier) est un nombre pair.
      • Conclusion : La somme de deux nombres pairs est un nombre pair.
  2. Démonstrations en géométrie : Proposition : Si un triangle est isocèle, alors les angles à la base sont égaux.

    • Hypothèse : Soit un triangle ABC isocèle en A (donc AB = AC).
    • Ce que l'on veut prouver : ABC^=ACB^\widehat{ABC} = \widehat{ACB}.
    • Démonstration :
      1. Traçons la bissectrice de l'angle BAC^\widehat{BAC} qui coupe le côté BC en H.
      2. Dans les triangles ABH et ACH :
        • AB = AC (par hypothèse, le triangle est isocèle en A).
        • BAH^=CAH^\widehat{BAH} = \widehat{CAH} (par construction, AH est la bissectrice de BAC^\widehat{BAC}).
        • AH est un côté commun aux deux triangles.
      3. D'après le critère d'égalité des triangles Côté-Angle-Côté (CAC), les triangles ABH et ACH sont égaux.
      4. Puisque les triangles ABH et ACH sont égaux, leurs angles correspondants sont égaux.
      • Conclusion : En particulier, ABH^=ACH^\widehat{ABH} = \widehat{ACH}, c'est-à-dire ABC^=ACB^\widehat{ABC} = \widehat{ACB}.

Une rédaction claire et structurée est essentielle pour toute démonstration directe. Chaque étape doit être compréhensible et justifiée.

Chapitre 3

Raisonnement par Contre-exemple et Absurde

Raisonnement par contre-exemple

Le raisonnement par contre-exemple est une méthode utilisée pour prouver qu'une proposition générale est fausse. Il ne permet pas de prouver qu'une proposition est vraie, mais il est très efficace pour invalider une affirmation universelle.

Définition du contre-exemple : Un contre-exemple est un cas spécifique qui satisfait les conditions d'une proposition, mais pour lequel la conclusion de cette proposition est fausse. Un seul contre-exemple suffit à réfuter une proposition générale.

Comment invalider une proposition générale : Pour montrer qu'une affirmation du type "Pour tout xx, la propriété P(x)P(x) est vraie" est fausse, il suffit de trouver un x0x_0 tel que P(x0)P(x_0) soit fausse.

Exemple : Proposition à réfuter : "Tous les nombres premiers sont impairs."

  • Recherche d'un contre-exemple : Les nombres premiers sont 2, 3, 5, 7, 11...
  • Contre-exemple trouvé : Le nombre 2 est un nombre premier. Cependant, 2 n'est pas impair (il est pair).
  • Conclusion : Puisque nous avons trouvé un nombre premier (2) qui n'est pas impair, la proposition "Tous les nombres premiers sont impairs" est fausse.

Trouver un contre-exemple pertinent : Cela demande souvent une bonne compréhension de la propriété et une exploration des cas limites ou des exceptions potentielles.

Raisonnement par l'absurde

Le raisonnement par l'absurde est une technique de démonstration indirecte très puissante. Son principe est simple : pour prouver qu'une proposition P est vraie, on suppose que sa négation (¬P\neg P) est vraie, et on montre que cette supposition conduit à une contradiction logique.

Principe du raisonnement par l'absurde :

  1. Pour prouver une proposition P.
  2. On suppose que P est fausse, c'est-à-dire que ¬P\neg P est vraie.
  3. On développe une série de déductions logiques à partir de ¬P\neg P et des autres hypothèses ou propriétés connues.
  4. Ces déductions mènent à une contradiction (par exemple, "A et non A", ou "1 = 0", ou "un nombre est pair et impair à la fois").
  5. Puisque la supposition ¬P\neg P a conduit à une contradiction (ce qui est impossible en logique), c'est que la supposition était fausse.
  6. Par conséquent, ¬P\neg P est fausse, ce qui signifie que P est vraie.

Exemple : Prouver qu'il n'existe pas de plus grand nombre entier.

  • Proposition P : Il n'existe pas de plus grand nombre entier.
  • Supposons ¬P\neg P : Il existe un plus grand nombre entier. Appelons-le MM.
  • Déductions :
    1. Si MM est le plus grand nombre entier, alors pour tout entier nn, nMn \le M.
    2. Considérons le nombre M+1M+1.
    3. M+1M+1 est un entier (car la somme de deux entiers est un entier).
    4. De plus, M+1>MM+1 > M.
    5. Cela contredit la supposition que MM est le plus grand nombre entier.
  • Conclusion : La supposition ¬P\neg P mène à une contradiction. Donc, ¬P\neg P est fausse, et P est vraie : il n'existe pas de plus grand nombre entier.

Applications du raisonnement par l'absurde

  1. Démonstration de l'irrationalité de 2\sqrt{2} :

    • Proposition P : 2\sqrt{2} est un nombre irrationnel.
    • Supposons ¬P\neg P : 2\sqrt{2} est un nombre rationnel.
    • Déductions :
      1. Si 2\sqrt{2} est rationnel, alors il peut s'écrire sous la forme pq\frac{p}{q}, où pp et qq sont des entiers naturels non nuls, et la fraction pq\frac{p}{q} est irréductible (c'est-à-dire que pp et qq n'ont pas de facteurs premiers en commun, ou que pp et qq ne sont pas tous les deux pairs).
      2. 2=pq2=p2q2p2=2q2\sqrt{2} = \frac{p}{q} \Rightarrow 2 = \frac{p^2}{q^2} \Rightarrow p^2 = 2q^2.
      3. Puisque p2=2q2p^2 = 2q^2, p2p^2 est un nombre pair.
      4. Si p2p^2 est pair, alors pp doit être pair (car le carré d'un nombre impair est impair).
      5. Si pp est pair, on peut écrire p=2kp = 2k pour un certain entier kk.
      6. Substituons p=2kp=2k dans l'équation p2=2q2p^2 = 2q^2 : (2k)2=2q24k2=2q22k2=q2(2k)^2 = 2q^2 \Rightarrow 4k^2 = 2q^2 \Rightarrow 2k^2 = q^2.
      7. Puisque q2=2k2q^2 = 2k^2, q2q^2 est un nombre pair.
      8. Si q2q^2 est pair, alors qq doit être pair.
      9. Nous avons donc montré que pp est pair ET qq est pair.
      10. Contradiction : Ceci contredit notre hypothèse de départ que la fraction pq\frac{p}{q} était irréductible (car si pp et qq sont tous les deux pairs, la fraction peut être simplifiée par 2).
    • Conclusion : La supposition que 2\sqrt{2} est rationnel mène à une contradiction. Donc, 2\sqrt{2} est irrationnel.
  2. Preuves d'unicité : Souvent utilisées pour prouver qu'il n'existe qu'un unique objet vérifiant une propriété donnée. On suppose qu'il en existe deux (ou plus) et on montre qu'ils sont en fait identiques, ce qui est une contradiction.

Le raisonnement par l'absurde est pertinent lorsque la négation de la proposition à prouver est plus facile à manipuler ou à explorer que la proposition elle-même. Il est particulièrement utile quand une démonstration directe semble difficile à construire.

Chapitre 4

Raisonnement par Contraposition et Disjonction des Cas

Raisonnement par contraposition

Le raisonnement par contraposition est une méthode de démonstration indirecte basée sur une équivalence logique fondamentale.

Définition de la contraposée d'une implication : Pour une implication "PQP \Rightarrow Q" (Si P, alors Q), sa contraposée est l'implication "¬Q¬P\neg Q \Rightarrow \neg P" (Si non Q, alors non P).

Équivalence entre une implication et sa contraposée : Une implication est logiquement équivalente à sa contraposée. C'est-à-dire que "PQP \Rightarrow Q" est vraie si et seulement si "¬Q¬P\neg Q \Rightarrow \neg P" est vraie. On peut le vérifier avec une table de vérité :

PQ¬P\neg P¬Q\neg QPQP \Rightarrow Q¬Q¬P\neg Q \Rightarrow \neg P
VVFFVV
VFFVFF
FVVFVV
FFVVVV
Les colonnes "PQP \Rightarrow Q" et "¬Q¬P\neg Q \Rightarrow \neg P" sont identiques. Prouver une implication revient à prouver sa contraposée.

Quand utiliser la contraposition : Ce raisonnement est très utile lorsque l'hypothèse de la contraposée (¬Q\neg Q) est plus facile à manipuler ou à utiliser que l'hypothèse originale (P), ou lorsque la conclusion de la contraposée (¬P\neg P) est plus facile à déduire. Il est souvent utilisé quand la conclusion Q est une négation ou quand l'hypothèse P est complexe.

Exemple : Prouver que "Si n2n^2 est pair, alors nn est pair" (où nn est un entier).

  • Proposition P : n2n^2 est pair.

  • Proposition Q : nn est pair.

  • L'implication est PQP \Rightarrow Q.

  • Contraposée : ¬Q¬P\neg Q \Rightarrow \neg P. C'est-à-dire "Si nn n'est pas pair (donc nn est impair), alors n2n^2 n'est pas pair (donc n2n^2 est impair)".

  • Démonstration par contraposition :

    1. Supposons que nn est impair (c'est l'hypothèse ¬Q\neg Q).
    2. Par définition, si nn est impair, alors il existe un entier kk tel que n=2k+1n = 2k+1.
    3. Calculons n2n^2 : n2=(2k+1)2=(2k)2+2(2k)(1)+12=4k2+4k+1n^2 = (2k+1)^2 = (2k)^2 + 2(2k)(1) + 1^2 = 4k^2 + 4k + 1.
    4. On peut factoriser par 2 les deux premiers termes : n2=2(2k2+2k)+1n^2 = 2(2k^2 + 2k) + 1.
    5. Posons K=2k2+2kK' = 2k^2 + 2k. KK' est un entier.
    6. Donc, n2=2K+1n^2 = 2K' + 1.
    7. Par définition, un nombre qui s'écrit sous la forme 2K+12K'+1 est un nombre impair.
    8. Ainsi, n2n^2 est impair (c'est la conclusion ¬P\neg P).
  • Conclusion : Puisque la contraposée "Si nn est impair, alors n2n^2 est impair" est vraie, l'implication originale "Si n2n^2 est pair, alors nn est pair" est également vraie.

Raisonnement par disjonction des cas

Le raisonnement par disjonction des cas (ou étude de cas) est une méthode de démonstration directe qui s'applique lorsque l'ensemble des situations possibles peut être divisé en un nombre fini de cas distincts et exhaustifs.

Définition de la disjonction des cas : Pour prouver une propriété P, on divise l'ensemble des hypothèses en plusieurs sous-cas. Ces sous-cas doivent être :

  • Exhaustifs : Ils doivent couvrir toutes les situations possibles.
  • Mutuellement exclusifs (souvent, mais pas obligatoirement) : Un cas ne doit pas chevaucher un autre (bien que parfois un chevauchement soit toléré si la preuve reste valide).

Prouver chaque cas séparément : Pour que la propriété P soit prouvée, il faut la démontrer pour chacun des cas envisagés. Si elle est vraie dans tous les cas, alors elle est vraie en général.

Exemple : Prouver que pour tout entier nn, le produit n(n+1)n(n+1) est un nombre pair.

  • Cas 1 : nn est un nombre pair.
    1. Si nn est pair, par définition, il existe un entier kk tel que n=2kn = 2k.
    2. Alors n(n+1)=2k(2k+1)n(n+1) = 2k(2k+1).
    3. Puisque n(n+1)n(n+1) s'écrit sous la forme 2×(un entier)2 \times (\text{un entier}), le produit n(n+1)n(n+1) est pair.
  • Cas 2 : nn est un nombre impair.
    1. Si nn est impair, par définition, il existe un entier kk tel que n=2k+1n = 2k+1.
    2. Alors n+1=(2k+1)+1=2k+2=2(k+1)n+1 = (2k+1)+1 = 2k+2 = 2(k+1).
    3. Le nombre n+1n+1 est donc pair.
    4. Puisque n+1n+1 est pair, le produit n(n+1)n(n+1) est le produit d'un nombre impair (nn) et d'un nombre pair (n+1n+1). Le produit d'un nombre pair par n'importe quel entier est toujours pair.
    5. Donc, n(n+1)n(n+1) est pair.
  • Conclusion : Dans tous les cas (que nn soit pair ou impair, ce qui couvre toutes les possibilités pour un entier), le produit n(n+1)n(n+1) est pair. Donc la propriété est vraie pour tout entier nn.

Exemples combinés

Il est fréquent d'utiliser conjointement plusieurs types de raisonnement au cours d'une même démonstration. Le choix de la méthode de raisonnement dépend souvent de la structure de la proposition à prouver et des difficultés rencontrées avec une approche directe.

Exemple : Prouver que si xx est un réel tel que x2+x2=0x^2 + x - 2 = 0, alors x0x \ne 0.

  • Proposition P : x2+x2=0x^2 + x - 2 = 0.

  • Proposition Q : x0x \ne 0.

  • On veut prouver PQP \Rightarrow Q.

  • Analyse de la structure d'une preuve :

    • Méthode directe : Résoudre l'équation x2+x2=0x^2 + x - 2 = 0. Les solutions sont x=1x = 1 et x=2x = -2. Puisque aucune des solutions n'est 0, alors x0x \ne 0. C'est une preuve directe valide.
    • Méthode par contraposition : Prouver ¬Q¬P\neg Q \Rightarrow \neg P.
      • ¬Q\neg Q : x=0x = 0.
      • ¬P\neg P : x2+x20x^2 + x - 2 \ne 0.
      • Démonstration : Si x=0x=0, alors x2+x2=02+02=2x^2+x-2 = 0^2+0-2 = -2.
      • Puisque 20-2 \ne 0, alors x2+x20x^2+x-2 \ne 0.
      • Donc, si x=0x=0, alors x2+x20x^2+x-2 \ne 0. La contraposée est vraie, donc l'implication originale est vraie.
    • Méthode par l'absurde : Supposons P¬QP \land \neg Q.
      • Supposons que x2+x2=0x^2 + x - 2 = 0 ET x=0x=0.
      • Si x=0x=0, alors en substituant dans l'équation : 02+02=02=00^2 + 0 - 2 = 0 \Rightarrow -2 = 0.
      • Ceci est une contradiction.
      • Donc, la supposition P¬QP \land \neg Q est fausse, ce qui signifie que PQP \Rightarrow Q est vraie.

Dans cet exemple simple, toutes les méthodes fonctionnent bien. Pour des problèmes plus complexes, une méthode sera souvent plus appropriée ou plus simple que les autres. Le choix du raisonnement est une compétence clé en mathématiques.

Chapitre 5

Raisonnement par Récurrence

Principe de la récurrence

Le raisonnement par récurrence est une méthode de démonstration utilisée pour prouver qu'une propriété P(n)P(n) est vraie pour tous les entiers naturels nn à partir d'une certaine valeur n0n_0. Il est particulièrement adapté aux propriétés qui dépendent des entiers naturels.

Définition du raisonnement par récurrence : Il s'apparente à l'idée d'une chaîne de dominos :

  • Si le premier domino tombe (initialisation).
  • Et si le fait qu'un domino tombe entraîne la chute du suivant (hérédité).
  • Alors tous les dominos tomberont (conclusion, la propriété est vraie pour tous les entiers).

Ce raisonnement est basé sur le principe d'induction mathématique.

Les étapes de la récurrence

Pour prouver qu'une propriété P(n)P(n) est vraie pour tout entier nn0n \ge n_0, on doit suivre trois étapes :

  1. Initialisation (cas de base) :

    • Vérifier que la propriété P(n0)P(n_0) est vraie pour la première valeur n0n_0 (souvent n0=0n_0=0 ou n0=1n_0=1).
    • C'est l'équivalent de faire tomber le premier domino.
  2. Hérédité (passage de nn à n+1n+1) :

    • On suppose que la propriété P(k)P(k) est vraie pour un entier kn0k \ge n_0 quelconque (c'est l'hypothèse de récurrence).
    • On démontre alors que P(k+1)P(k+1) est vraie, en utilisant l'hypothèse de récurrence.
    • C'est l'équivalent de montrer que si un domino tombe, il fait tomber le suivant.
  3. Conclusion :

    • Si l'initialisation et l'hérédité sont vérifiées, alors, d'après le principe de récurrence, la propriété P(n)P(n) est vraie pour tout entier nn0n \ge n_0.
    • Il est impératif de conclure formellement.

Exemples de démonstrations par récurrence

  1. Sommes de suites arithmétiques/géométriques : Proposition : Pour tout entier naturel n1n \ge 1, la somme des nn premiers entiers naturels est donnée par Sn=1+2++n=n(n+1)2S_n = 1 + 2 + \dots + n = \frac{n(n+1)}{2}.

    • Notons P(n)P(n) la propriété : 1+2++n=n(n+1)21 + 2 + \dots + n = \frac{n(n+1)}{2}.
    • Initialisation : Pour n=1n=1.
      • S1=1S_1 = 1.
      • 1(1+1)2=1×22=1\frac{1(1+1)}{2} = \frac{1 \times 2}{2} = 1.
      • Donc P(1)P(1) est vraie.
    • Hérédité : Supposons que P(k)P(k) est vraie pour un entier k1k \ge 1, c'est-à-dire 1+2++k=k(k+1)21 + 2 + \dots + k = \frac{k(k+1)}{2} (hypothèse de récurrence).
      • Montrons que P(k+1)P(k+1) est vraie, c'est-à-dire 1+2++k+(k+1)=(k+1)((k+1)+1)2=(k+1)(k+2)21 + 2 + \dots + k + (k+1) = \frac{(k+1)((k+1)+1)}{2} = \frac{(k+1)(k+2)}{2}.
      • Partons de la somme pour k+1k+1 : Sk+1=(1+2++k)+(k+1)S_{k+1} = (1 + 2 + \dots + k) + (k+1) En utilisant l'hypothèse de récurrence pour la partie entre parenthèses : Sk+1=k(k+1)2+(k+1)S_{k+1} = \frac{k(k+1)}{2} + (k+1) Factorisons par (k+1)(k+1) : Sk+1=(k+1)(k2+1)S_{k+1} = (k+1) \left( \frac{k}{2} + 1 \right) Sk+1=(k+1)(k+22)S_{k+1} = (k+1) \left( \frac{k+2}{2} \right) Sk+1=(k+1)(k+2)2S_{k+1} = \frac{(k+1)(k+2)}{2}.
      • Donc P(k+1)P(k+1) est vraie.
    • Conclusion : Puisque P(1)P(1) est vraie et que l'hérédité est établie, la propriété P(n)P(n) est vraie pour tout entier naturel n1n \ge 1.
  2. Inégalités : Proposition : Pour tout entier naturel n4n \ge 4, 2n<n!2^n < n! (où n!=n×(n1)××1n! = n \times (n-1) \times \dots \times 1).

    • Notons P(n)P(n) la propriété : 2n<n!2^n < n!.
    • Initialisation : Pour n=4n=4.
      • 24=162^4 = 16.
      • 4!=4×3×2×1=244! = 4 \times 3 \times 2 \times 1 = 24.
      • On a 16<2416 < 24, donc P(4)P(4) est vraie.
    • Hérédité : Supposons que P(k)P(k) est vraie pour un entier k4k \ge 4, c'est-à-dire 2k<k!2^k < k! (hypothèse de récurrence).
      • Montrons que P(k+1)P(k+1) est vraie, c'est-à-dire 2k+1<(k+1)!2^{k+1} < (k+1)!.
      • Partons de 2k+12^{k+1} : 2k+1=2×2k2^{k+1} = 2 \times 2^k. D'après l'hypothèse de récurrence, 2k<k!2^k < k!. Donc, 2k+1<2×k!2^{k+1} < 2 \times k!.
      • Nous voulons montrer que 2×k!<(k+1)!2 \times k! < (k+1)!. On sait que (k+1)!=(k+1)×k!(k+1)! = (k+1) \times k!. L'inégalité 2×k!<(k+1)×k!2 \times k! < (k+1) \times k! est équivalente à 2<k+12 < k+1. Puisque k4k \ge 4, alors k+15k+1 \ge 5. Donc 2<k+12 < k+1 est vraie.
      • En combinant : 2k+1<2×k!<(k+1)!2^{k+1} < 2 \times k! < (k+1)!.
      • Donc P(k+1)P(k+1) est vraie.
    • Conclusion : Puisque P(4)P(4) est vraie et que l'hérédité est établie, la propriété P(n)P(n) est vraie pour tout entier naturel n4n \ge 4.

Pièges et erreurs courantes

  1. Oubli de l'initialisation : Sans l'initialisation, la chaîne de dominos ne démarre jamais. La propriété peut être héréditaire mais fausse pour toutes les valeurs. Par exemple, la propriété "tout nombre entier nn est pair" est héréditaire (si kk est pair, k+2k+2 est pair, mais pas k+1k+1). L'initialisation est cruciale.

  2. Erreur dans l'hérédité : La démonstration de P(k)P(k+1)P(k) \Rightarrow P(k+1) doit être rigoureuse. C'est l'étape la plus complexe. Une erreur logique ici invalide toute la récurrence. Il faut s'assurer d'utiliser activement l'hypothèse de récurrence P(k)P(k) pour prouver P(k+1)P(k+1).

  3. Mauvaise formulation de la propriété P(n)P(n) : La propriété doit être une affirmation claire qui dépend de nn. Parfois, la propriété est mal définie ou trop vague, rendant l'initialisation ou l'hérédité impossible à établir.

  4. Hérédité ne démarrant pas à la bonne valeur : L'hérédité doit être prouvée pour kn0k \ge n_0. Si elle n'est valable qu'à partir d'une certaine valeur k1>n0k_1 > n_0, alors la récurrence n'est vraie que pour nk1n \ge k_1.

Le raisonnement par récurrence est un outil essentiel pour prouver des propriétés sur les entiers naturels et est très utilisé dans de nombreux domaines des mathématiques.

Après la lecture

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