Quelles sont les principales défaillances du marché ?
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Chapitre 1
Introduction aux défaillances du marché
Qu'est-ce qu'une défaillance du marché ?
Pour comprendre ce qu'est une défaillance du marché, il faut d'abord saisir le rôle du marché dans une économie. Un marché est un lieu, réel ou fictif, où se rencontrent l'offre et la demande d'un bien ou d'un service, permettant ainsi de déterminer un prix et des quantités échangées. Dans le cadre théorique de la concurrence pure et parfaite (CPP), le marché est censé être le mécanisme le plus efficace pour allouer les ressources. Cela signifie qu'il permet de produire ce que les consommateurs désirent, aux coûts les plus bas, et d'atteindre un optimum de Pareto, où il est impossible d'améliorer la situation d'un individu sans dégrader celle d'un autre.
Une défaillance du marché se produit lorsque le marché, laissé à lui-même, ne parvient pas à allouer les ressources de manière efficace au sens de Pareto. En d'autres termes, le mécanisme de marché ne conduit pas à la meilleure situation possible pour la société. Cela implique que l'équilibre de marché n'est pas optimal et qu'une intervention extérieure, souvent celle de l'État, pourrait potentiellement améliorer le bien-être collectif.
Les limites du modèle de concurrence pure et parfaite
Le modèle théorique de la concurrence pure et parfaite repose sur cinq hypothèses strictes. Si l'une de ces conditions n'est pas respectée, le marché ne peut plus garantir une allocation optimale des ressources, et une défaillance peut apparaître.
- Atomicité du marché : Un très grand nombre d'acheteurs et de vendeurs, de sorte qu'aucun acteur ne peut influencer à lui seul le prix du marché. Chaque agent est un "preneur de prix" (price taker).
- Homogénéité des produits : Tous les biens ou services offerts sur le marché sont identiques. Les consommateurs n'ont pas de préférence pour le produit d'une entreprise plutôt qu'une autre, à prix égal.
- Transparence du marché : Tous les agents économiques (acheteurs et vendeurs) disposent d'une information parfaite et complète sur les prix, les qualités, et toutes les conditions du marché. Il n'y a pas d'asymétrie d'information.
- Fluidité du marché (libre entrée et sortie) : Les entreprises peuvent entrer ou sortir du marché sans barrières (légales, technologiques ou financières) ni coûts significatifs.
- Mobilité des facteurs de production : Le travail et le capital peuvent se déplacer librement et instantanément d'une production à une autre, ou d'une localisation géographique à une autre, en fonction des opportunités.
Dans la réalité, ces conditions sont rarement toutes réunies. Par exemple, la présence de monopoles ou d'oligopoles viole l'atomicité. L'existence de marques distinctes contredit l'homogénéité. L'ignorance des acheteurs sur la qualité exacte d'un produit est une rupture de la transparence. C'est l'absence d'une ou plusieurs de ces conditions qui mène aux défaillances du marché.
Pourquoi étudier les défaillances du marché ?
Comprendre les défaillances du marché est crucial pour plusieurs raisons :
- Justifier le rôle de l'État : L'existence de défaillances du marché constitue la principale justification économique de l'intervention de l'État dans l'économie. Si le marché ne fonctionne pas de manière optimale, l'État peut chercher à corriger ces imperfections pour améliorer le bien-être collectif.
- Améliorer l'allocation des ressources : En identifiant les situations où le marché échoue, les pouvoirs publics peuvent mettre en place des politiques (réglementation, taxation, subventions, production directe) visant à rapprocher l'allocation réelle des ressources de l'allocation optimale.
- Promouvoir le bien-être social : Les défaillances du marché peuvent avoir des conséquences négatives sur la société, comme la pollution, la sous-production de biens essentiels, ou l'inégalité. L'étude de ces défaillances permet de comprendre comment y remédier pour favoriser un plus grand bien-être pour tous.
En somme, l'étude des défaillances du marché permet de passer d'une vision idéalisée du marché à une compréhension plus nuancée de son fonctionnement réel et du rôle complémentaire de l'État.
Chapitre 2
Les externalités
Définition et types d'externalités
Une externalité est une situation où l'activité de production ou de consommation d'un agent économique affecte directement le bien-être d'un autre agent, sans que cette interaction ne fasse l'objet d'une compensation monétaire. En d'autres termes, ce n'est pas un échange volontaire. Le marché ne prend pas en compte ces effets externes.
On distingue deux types principaux d'externalités :
-
Externalité négative : Lorsque l'activité d'un agent génère des coûts pour un tiers sans que ce dernier ne soit indemnisé.
- Exemple de production : Une usine pollue une rivière, affectant la pêche ou la santé des riverains, sans payer pour les dommages causés. Le coût de la pollution n'est pas intégré dans le prix de vente de ses produits.
- Exemple de consommation : Fumer dans un lieu public affecte la santé des non-fumeurs.
- Le coût social (coût pour la société) est alors supérieur au coût privé (coût pour le producteur/consommateur).
-
Externalité positive : Lorsque l'activité d'un agent génère des bénéfices pour un tiers sans que ce dernier ne paie pour ces bénéfices.
- Exemple de production : Une entreprise qui investit dans la recherche et développement (R&D) peut créer de nouvelles connaissances qui profitent à toute l'industrie, même aux concurrents, sans qu'ils ne paient pour cette innovation.
- Exemple de consommation : La vaccination d'un individu réduit le risque de contagion pour l'ensemble de la population. L'entretien d'un jardin fleuri embellit le quartier et profite aux voisins.
- Le bénéfice social (bénéfice pour la société) est alors supérieur au bénéfice privé (bénéfice pour le producteur/consommateur).
Les conséquences des externalités sur l'allocation des ressources
Les externalités conduisent à une allocation inefficace des ressources par le marché, car les prix ne reflètent pas les coûts ou bénéfices sociaux réels.
-
Externalités négatives et surproduction : En présence d'une externalité négative, le coût privé de production est inférieur au coût social. L'entreprise ne prend en compte que ses propres coûts (main-d'œuvre, matières premières) mais pas le coût de la pollution pour la société. Par conséquent, elle produit une quantité trop importante du bien par rapport à ce qui serait socialement optimal. Il y a surproduction du bien générateur d'externalité négative.
- Le prix du marché est trop bas et la quantité produite trop élevée par rapport à l'optimum social.
-
Externalités positives et sous-production : En présence d'une externalité positive, le bénéfice privé est inférieur au bénéfice social. L'agent ne reçoit pas de paiement pour les bénéfices qu'il procure à autrui. Il a donc une incitation moindre à produire ou consommer ce bien. Le marché produit une quantité trop faible du bien par rapport à ce qui serait socialement optimal. Il y a sous-production du bien générateur d'externalité positive.
- Le prix du marché est trop élevé et la quantité produite trop faible par rapport à l'optimum social.
L'optimum social est la quantité de production qui maximise le bien-être total de la société, en prenant en compte tous les coûts et bénéfices, qu'ils soient privés ou externes.
Les solutions aux externalités
Plusieurs mécanismes peuvent être mis en œuvre pour corriger les externalités et ramener l'économie vers l'optimum social :
-
Taxe pigouvienne : Introduite par l'économiste Arthur Pigou, il s'agit d'une taxe imposée sur l'activité générant une externalité négative. Le but est d'internaliser le coût externe, c'est-à-dire de faire en sorte que l'agent économique supporte le coût social de son activité. La taxe doit être égale au coût marginal externe pour que la quantité produite diminue jusqu'à l'optimum social.
- Exemple : Taxe carbone sur les émissions de CO2.
-
Subvention : Pour les externalités positives, l'État peut accorder une subvention à l'activité qui génère des bénéfices externes. Cela encourage la production ou la consommation du bien, rapprochant ainsi la quantité produite de l'optimum social.
- Exemple : Subventions à la recherche et développement, aides à l'isolation thermique.
-
Réglementation : L'État peut imposer des règles et des normes pour limiter les externalités négatives ou encourager les positives.
- Exemple : Normes anti-pollution pour les usines, interdiction de fumer dans certains lieux, obligation de vacciner.
-
Droits de propriété (Théorème de Coase) : L'économiste Ronald Coase a suggéré que si les droits de propriété sont clairement définis et que les coûts de transaction sont faibles, les parties affectées par une externalité peuvent négocier entre elles pour parvenir à une solution efficace, sans intervention de l'État.
- Exemple : Un pêcheur et une usine polluante peuvent négocier. Si le droit de polluer appartient à l'usine, le pêcheur peut la payer pour qu'elle réduise sa pollution. Si le droit à une eau propre appartient au pêcheur, l'usine devra le dédommager ou installer des filtres. L'issue sera efficiente quelle que soit l'attribution initiale des droits, à condition que les coûts de transaction soient faibles.
Chapitre 3
Les biens collectifs et les biens communs
Les caractéristiques des biens
Pour comprendre les biens collectifs et les biens communs, il est essentiel de distinguer les biens selon deux critères :
-
Rivalité : Un bien est rival si sa consommation par une personne empêche ou réduit la consommation du même bien par une autre personne au même moment.
- Exemple de bien rival : Une pomme (si je la mange, personne d'autre ne peut la manger).
- Exemple de bien non-rival : Un programme de télévision (ma consommation n'empêche pas celle d'un autre).
-
Excluabilité : Un bien est excluable si l'on peut empêcher une personne de le consommer si elle ne paie pas pour cela.
- Exemple de bien excluable : Un ticket de cinéma (sans ticket, pas de film).
- Exemple de bien non-excluable : L'éclairage public (on ne peut pas empêcher quelqu'un de profiter de la lumière s'il ne paie pas).
En combinant ces deux critères, on obtient quatre catégories de biens :
| Caractéristique | Excluable | Non-excluable |
|---|---|---|
| Rival | Biens privés (pomme, voiture) | Biens communs (poissons en haute mer) |
| Non-rival | Biens de club (télédistribution cryptée) | Biens collectifs purs (défense nationale) |
Les biens collectifs (purs)
Les biens collectifs purs (ou biens publics purs) sont caractérisés par la non-rivalité et la non-excluabilité.
- Non-rivalité : La consommation du bien par une personne n'affecte pas la quantité disponible pour les autres.
- Non-excluabilité : Il est impossible ou très coûteux d'empêcher quelqu'un de consommer le bien, même s'il ne paie pas.
Exemple typique : La défense nationale, l'éclairage public, les phares maritimes, la connaissance scientifique fondamentale.
La non-excluabilité des biens collectifs crée le problème du passager clandestin (free rider). Puisqu'il est impossible d'empêcher les individus de consommer le bien même s'ils ne paient pas, chacun a intérêt à ne pas contribuer à son financement, espérant que les autres le feront. Si tout le monde agit ainsi, le bien ne sera pas produit du tout ou en quantité insuffisante par le marché. C'est une défaillance majeure du marché.
Pour résoudre ce problème, le financement public est souvent la solution : l'État collecte des impôts auprès de tous les citoyens pour financer la production de ces biens, garantissant ainsi qu'ils soient disponibles pour tous.
Les biens communs
Les biens communs sont caractérisés par la rivalité et la non-excluabilité.
- Rivalité : La consommation du bien par une personne réduit la quantité disponible pour les autres.
- Non-excluabilité : Il est difficile ou coûteux d'empêcher les gens de consommer le bien.
Exemple typique : Les ressources naturelles comme les bancs de poissons en haute mer, les forêts non gérées, l'air pur, les eaux souterraines.
La combinaison de la rivalité et de la non-excluabilité conduit à la tragédie des biens communs. Chaque individu, agissant de manière rationnelle dans son propre intérêt, a tendance à surexploiter la ressource commune car il ne supporte pas seul le coût de sa consommation excessive, tandis que le bénéfice lui revient entièrement. Si tous agissent ainsi, la ressource est épuisée ou dégradée, au détriment de tous. Il y a surexploitation.
Exemple : Chaque pêcheur a intérêt à pêcher le plus de poissons possible avant que les autres ne le fassent. Sans régulation, le stock de poissons s'épuise.
Les solutions pour les biens collectifs et communs
L'intervention est nécessaire pour assurer une allocation efficace des biens collectifs et communs :
-
Intervention de l'État :
- Pour les biens collectifs : L'État peut financer et produire directement ces biens (défense, éclairage public) ou subventionner leur production par le secteur privé.
- Pour les biens communs : L'État peut réguler l'accès et l'utilisation de la ressource.
-
Droits de propriété : Pour les biens communs, la privatisation de la ressource peut être une solution. En attribuant des droits de propriété clairs (par exemple, des quotas de pêche transférables), le propriétaire a une incitation à gérer la ressource de manière durable.
-
Réglementation : L'État peut imposer des quotas de pêche, des limites de déforestation, des permis d'accès, ou des normes de pollution pour les biens communs.
-
Coopération : Les communautés locales peuvent parfois développer leurs propres règles de gestion des biens communs par la coopération et des institutions informelles, comme l'a montré Elinor Ostrom (Prix Nobel d'économie). Ces règles permettent de prévenir la surexploitation sans intervention étatique directe.
Chapitre 4
Les asymétries d'information
Définition et types d'asymétries d'information
Les marchés fonctionnent efficacement lorsque l'information est parfaite et symétrique entre tous les acteurs. Une information imparfaite ou asymétrique est une situation où une partie à une transaction possède plus ou de meilleure information que l'autre. Cette inégalité d'information crée un déséquilibre et peut conduire à des défaillances du marché.
Il existe deux principaux types d'asymétries d'information :
-
L'anti-sélection (ou sélection adverse) : Elle survient avant la transaction. Une partie ne peut pas observer une caractéristique cachée de l'autre partie ou du bien avant de conclure le contrat.
- Exemple : L'acheteur d'une voiture d'occasion ne connaît pas l'historique exact de la voiture aussi bien que le vendeur.
-
L'aléa moral : Il survient après la transaction. Une partie ne peut pas observer les actions cachées (le comportement) de l'autre partie après la signature du contrat.
- Exemple : Une fois assuré contre le vol, un individu peut être moins vigilant avec sa voiture.
L'anti-sélection (sélection adverse)
L'anti-sélection est le fait que l'information cachée avant la transaction amène les agents les moins souhaitables à être les seuls à vouloir participer à l'échange.
L'exemple du marché des 'citrons' (George Akerlof, Prix Nobel) : Sur le marché des voitures d'occasion, les vendeurs connaissent la vraie qualité de leur voiture, mais les acheteurs ne la connaissent pas. Les acheteurs ne peuvent pas distinguer une "bonne" voiture d'un "citron" (une mauvaise voiture). Ils sont donc prêts à payer un prix moyen, reflétant la probabilité d'obtenir une bonne ou une mauvaise voiture.
- Les propriétaires de bonnes voitures trouvent ce prix trop bas et retirent leurs véhicules du marché.
- Il ne reste alors que les "citrons" sur le marché.
- Les acheteurs, se rendant compte qu'il n'y a que des mauvaises voitures, baissent encore leur prix.
- Ce processus peut mener à l'effondrement total du marché des voitures d'occasion, même s'il existe des acheteurs prêts à payer cher pour une bonne voiture et des vendeurs prêts à la vendre.
Exemple de l'assurance : Les personnes ayant le plus de risques (malades, conducteurs imprudents) sont celles qui ont le plus intérêt à s'assurer, car elles connaissent leur propre niveau de risque, que l'assureur ne peut pas observer parfaitement. Si l'assureur fixe un prix moyen, les personnes à faible risque ne s'assureront pas, laissant l'assureur avec un pool de clients à haut risque, ce qui le forcera à augmenter ses primes, aggravant le problème.
Les conséquences sur le marché sont une réduction des échanges, une inefficacité de l'allocation des ressources et, dans les cas extrêmes, la disparition du marché.
L'aléa moral
L'aléa moral se produit lorsque, après avoir signé un contrat, une partie modifie son comportement de manière opportuniste parce que l'autre partie ne peut pas observer ce comportement. L'existence du contrat ou de l'assurance réduit l'incitation à la prudence.
Exemple de l'assurance : Une fois assuré contre le vol ou les accidents, un individu peut être moins vigilant (laisser sa porte ouverte, conduire de manière plus risquée) car les conséquences financières de l'événement sont supportées par l'assureur.
Exemple du marché du travail : Une fois embauché, un salarié peut être moins productif s'il sait que son employeur a du mal à surveiller précisément son effort.
L'aléa moral génère des coûts d'agence : ce sont les coûts liés à la surveillance du comportement de l'agent (par exemple, le salarié) par le principal (par exemple, l'employeur) ou les coûts résultant du comportement opportuniste de l'agent lui-même.
Les solutions aux asymétries d'information
Plusieurs mécanismes peuvent atténuer les problèmes liés aux asymétries d'information :
-
Signalisation : Une partie mieux informée envoie des signaux crédibles à l'autre partie pour lui révéler son information privée.
- Exemple : Un vendeur de voiture d'occasion offrant une garantie, un diplôme pour signaler la compétence d'un travailleur, la publicité pour signaler la qualité d'un produit.
-
Filtrage (screening) : La partie la moins informée met en place des mécanismes pour inciter l'autre partie à révéler son information privée.
- Exemple : Une compagnie d'assurance propose différentes polices avec des franchises et des primes variées. Les individus à faible risque choisiront les polices avec des primes basses et des franchises élevées, signalant ainsi leur faible risque. L'employeur qui propose une période d'essai.
-
Contrats incitatifs : Concevoir des contrats qui alignent les intérêts des deux parties, même en présence d'aléa moral.
- Exemple : Payer les commerciaux à la commission pour les inciter à faire plus d'efforts, mettre en place des systèmes de bonus/malus en assurance.
-
Réglementation : L'État peut imposer la divulgation d'informations ou des normes de qualité.
- Exemple : Contrôle technique obligatoire pour les voitures, étiquetage des produits alimentaires, régulation des marchés financiers pour protéger les investisseurs.
Chapitre 5
Les monopoles naturels et le pouvoir de marché
Les différentes formes de concurrence imparfaite
Dans la réalité, la concurrence pure et parfaite est rare. La plupart des marchés sont caractérisés par une concurrence imparfaite, où les entreprises ont un certain pouvoir de marché, c'est-à-dire la capacité d'influencer le prix de vente de leurs produits. Les principales formes sont :
- Monopole : Une seule entreprise domine le marché, sans concurrent direct. Elle est "faiseuse de prix" (price maker).
- Oligopole : Un petit nombre d'entreprises se partagent le marché. Leurs décisions sont interdépendantes (ex: télécommunications, automobile).
- Concurrence monopolistique : Un grand nombre d'entreprises proposent des produits différenciés (par la marque, la qualité, le service), ce qui leur donne un petit pouvoir de marché sur leur segment (ex: restaurants, vêtements). Chaque entreprise est en monopole sur sa propre marque, mais est en concurrence avec d'autres marques similaires.
Le pouvoir de marché est une défaillance car il empêche le marché d'atteindre l'efficacité allocative de la CPP.
Le monopole naturel
Un monopole naturel est une situation où une seule entreprise peut produire un bien ou un service pour l'ensemble du marché à un coût inférieur à ce que plusieurs entreprises pourraient faire. Cette situation apparaît lorsque les coûts fixes sont très élevés et que les économies d'échelle sont importantes sur une large gamme de production. Plus l'entreprise produit, plus son coût moyen diminue.
Caractéristiques du monopole naturel :
- Coûts fixes élevés : Nécessité d'investissements massifs dans les infrastructures (réseaux ferrés, distribution d'eau, électricité).
- Économies d'échelle importantes : Le coût unitaire de production diminue à mesure que la quantité produite augmente.
- Le coût moyen est décroissant sur toute la plage de production pertinente. Il est donc plus efficace d'avoir un seul producteur.
Exemples : La distribution d'eau, l'électricité, le gaz, les infrastructures ferroviaires. Il serait inefficace d'avoir plusieurs réseaux concurrents pour l'eau ou l'électricité.
Les conséquences du pouvoir de marché
Les entreprises ayant un pouvoir de marché, notamment les monopoles, peuvent fixer des prix supérieurs au coût marginal de production.
- Prix supérieurs au coût marginal () : Contrairement à la CPP où , le monopole fixe un prix plus élevé. Cela lui permet de réaliser des profits plus importants, mais au détriment des consommateurs.
- Quantités produites inférieures : Pour maximiser son profit, le monopole produit une quantité inférieure à celle qui serait produite en concurrence parfaite.
- Perte sèche pour la société : Cette situation crée une perte sèche (ou poids mort) pour la société. C'est une perte de surplus total (surplus des consommateurs + surplus des producteurs) par rapport à la situation d'efficacité de la CPP. Des échanges mutuellement bénéfiques ne se réalisent pas à cause du prix élevé et des quantités réduites. Le monopole ne maximise pas le bien-être collectif.
Les interventions de l'État face au pouvoir de marché
Face aux conséquences négatives du pouvoir de marché, l'État peut intervenir de diverses manières :
-
Réglementation des prix : L'État peut fixer un prix maximum que le monopole est autorisé à pratiquer.
- Idéalement, il pourrait chercher à fixer le prix égal au coût marginal () pour atteindre l'efficacité allocative, mais cela pourrait entraîner des pertes pour le monopole naturel (car si le CM est décroissant), nécessitant des subventions.
- Plus souvent, un prix est fixé égal au coût moyen () pour permettre au monopole de couvrir ses coûts sans faire de profits excessifs.
-
Démantèlement : Lorsque la concentration est excessive et ne relève pas d'un monopole naturel, l'État peut forcer la division d'une grande entreprise en plusieurs plus petites pour restaurer la concurrence (démantèlement ou scission). Cela est rare et souvent difficile à mettre en œuvre.
-
Nationalisation : L'État peut devenir le propriétaire et le gestionnaire du monopole naturel. Cela permet de produire au coût marginal ou au coût moyen sans se soucier des profits, mais peut entraîner d'autres problèmes (inefficacité de la gestion publique, pression politique).
-
Politique de la concurrence : L'État met en place des lois et des institutions (comme les autorités de la concurrence) pour :
- Empêcher les fusions et acquisitions qui réduiraient excessivement la concurrence.
- Lutter contre les ententes illégales (cartels) et les abus de position dominante.
- Promouvoir l'ouverture des marchés à la concurrence.
Chapitre 6
L'intervention de l'État face aux défaillances du marché
Les objectifs de l'intervention publique
Lorsqu'il intervient pour corriger les défaillances du marché, l'État poursuit généralement plusieurs objectifs :
- Efficacité économique : C'est l'objectif premier de la correction des défaillances. L'État vise à améliorer l'allocation des ressources pour se rapprocher de l'optimum de Pareto, en corrigeant les externalités, en fournissant les biens collectifs, en gérant les biens communs, ou en régulant les monopoles.
- Équité sociale : Au-delà de l'efficacité, l'État peut intervenir pour réduire les inégalités de revenus et de richesses, ou pour assurer un accès équitable à certains biens et services (éducation, santé), même si le marché n'y parvient pas. Ces objectifs d'équité peuvent parfois entrer en conflit avec les objectifs d'efficacité.
- Stabilité macroéconomique : L'État intervient également pour stabiliser l'économie (lutter contre le chômage, l'inflation, les crises économiques) par des politiques budgétaires et monétaires, bien que cela dépasse le cadre strict des défaillances microéconomiques du marché.
Les instruments de l'intervention publique
Pour atteindre ses objectifs, l'État dispose de plusieurs outils :
-
Réglementation : Imposer des règles, des normes, des interdictions ou des obligations.
- Exemples : Normes environnementales, permis de construire, salaire minimum, contrôle des prix, lois anti-monopole.
-
Fiscalité : Utiliser les impôts et les taxes pour modifier les incitations des agents économiques.
- Exemples : Taxes pigouviennes sur la pollution pour internaliser les externalités négatives, impôts progressifs sur le revenu pour la redistribution.
-
Subventions : Accorder des aides financières pour encourager certaines activités.
- Exemples : Subventions à la recherche et développement, aides à l'investissement dans les énergies renouvelables, aides aux entreprises créatrices d'emplois.
-
Production directe : L'État peut produire lui-même des biens ou des services, notamment les biens collectifs.
- Exemples : Défense nationale, éducation publique, infrastructures routières, services de santé.
Les limites de l'intervention de l'État
Bien que l'intervention de l'État puisse corriger les défaillances du marché, elle n'est pas sans risques et peut elle-même générer des inefficacités, appelées "défaillances de l'État".
-
Défaillances de l'État : L'intervention publique peut être imparfaite ou contre-productive en raison de :
- Asymétries d'information : L'État peut manquer d'informations parfaites pour prendre les meilleures décisions (ex: difficulté à fixer le niveau optimal d'une taxe pigouvienne).
- Objectifs politiques : Les décisions peuvent être influencées par des considérations électorales plutôt que par l'efficacité économique.
- Incompétence ou corruption : La bureaucratie peut être inefficace ou sujette à la corruption.
-
Coûts administratifs : La mise en œuvre et le contrôle des réglementations, des taxes ou des subventions impliquent des coûts importants pour l'administration et pour les entreprises.
-
Capture du régulateur : Les organismes de réglementation peuvent être "capturés" par les industries qu'ils sont censés réguler. Les entreprises parviennent à influencer les régulateurs pour qu'ils adoptent des règles qui servent leurs propres intérêts plutôt que l'intérêt général.
-
Effets pervers : Les politiques publiques peuvent avoir des conséquences inattendues et négatives.
- Exemple : Une taxe trop élevée peut inciter à la fraude fiscale ou au déplacement de l'activité. Une subvention peut créer des rentes et réduire l'incitation à l'innovation.
En conclusion, l'intervention de l'État est souvent nécessaire pour corriger les défaillances du marché, mais elle doit être pensée avec prudence, en évaluant ses coûts et ses bénéfices potentiels, et en tenant compte de ses propres limites. L'objectif est de trouver le juste équilibre entre l'action du marché et celle de l'État.
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