Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ?
Une version article du chapitre pour comprendre l'essentiel rapidement, vérifier si le niveau correspond, puis basculer vers Wilo pour la pratique guidée et le suivi.
Lecture
5 chapitres
Un parcours éditorialisé et navigable.
Pratique
12 questions
Quiz et cartes mémoire à ouvrir après la lecture.
Objectif
Première générale
Format rapide pour vérifier si le chapitre correspond.
Chapitre 1
Définir la déviance et ses formes
Qu'est-ce que la déviance ?
La déviance est un concept central en sociologie. Elle désigne tout comportement, croyance ou caractéristique qui s'écarte des normes sociales admises par un groupe ou une société, et qui, de ce fait, suscite une réaction sociale négative (condamnation, sanction, réprobation).
- Normes sociales : Ce sont des règles de conduite, explicites (lois, règlements) ou implicites (politesse, codes vestimentaires), qui organisent la vie en société. Elles sont apprises par la socialisation.
- Valeurs sociales : Ce sont des idéaux collectifs, des principes moraux ou éthiques (liberté, égalité, respect) auxquels les membres d'une société adhèrent et qui orientent leurs comportements et leurs jugements. Les normes découlent souvent des valeurs.
- Conformité : C'est l'attitude d'un individu qui respecte les normes et les valeurs de son groupe social. La plupart des gens sont conformes à la majorité des normes sociales.
- La déviance n'est pas une qualité intrinsèque d'un acte, mais le résultat d'une définition sociale. Ce qui est déviant ici et maintenant peut ne pas l'être ailleurs ou à un autre moment.
Exemple : Fumer du cannabis est déviant en France car c'est illégal (norme explicite). Par contre, dans certains pays comme les Pays-Bas, c'est toléré sous certaines conditions. Porter un maillot de bain à la plage est conforme, mais le porter dans un bureau serait déviant (norme implicite).
Déviance et anomie selon Durkheim
Émile Durkheim, un des pères fondateurs de la sociologie, a beaucoup travaillé sur la déviance, notamment à travers le concept d'anomie.
- Anomie : Pour Durkheim, l'anomie (du grec a-nomos, "sans loi") est un état de dérèglement ou de désorganisation sociale. Elle survient lorsque les normes sociales sont affaiblies, contradictoires ou inexistantes, ne fournissant plus de repères clairs aux individus. Les individus ne savent plus ce qui est attendu d'eux, ce qui peut entraîner une augmentation des comportements déviants, comme le suicide (objet de son étude célèbre).
- Régulation sociale : C'est l'ensemble des règles et des mécanismes qui encadrent les passions et les désirs individuels, leur fixant des limites acceptables socialement. Une bonne régulation évite l'anomie.
- Intégration sociale : C'est la force des liens qui unissent les individus à la société. Une bonne intégration signifie que les individus se sentent appartenir à un groupe et partagent ses valeurs.
- Fonctionnalisme : C'est une approche sociologique qui considère que chaque élément de la société (même la déviance !) a une fonction, contribuant à la stabilité et au maintien du système social dans son ensemble. Durkheim pensait même que la déviance pouvait avoir des fonctions positives, comme renforcer la cohésion sociale en rappelant les limites à ne pas franchir.
- La déviance, en provoquant une réaction sociale, permet de réaffirmer les normes et les valeurs de la société. Elle peut aussi être un moteur de changement social si des comportements initialement déviants sont ensuite acceptés et intégrés.
Exemple : Lors d'une crise économique majeure, les repères peuvent s'estomper, les gens perdent leur emploi, les revenus diminuent. Les normes de consommation, de travail, peuvent devenir floues, ce qui peut générer un sentiment d'anomie et une augmentation de certains comportements déviants (fraude, dépression, suicide).
Les différentes formes de déviance
La déviance est un terme large qui englobe plusieurs réalités. Il est important de distinguer ses différentes formes.
- Délinquance : C'est une forme spécifique de déviance qui désigne les comportements qui enfreignent les lois pénales. Un acte de délinquance est donc un acte illégal.
- Criminalité : C'est un sous-ensemble de la délinquance, désignant les infractions les plus graves, celles qui sont qualifiées de "crimes" par le code pénal (meurtre, viol, vol à main armée...). La délinquance inclut aussi les "délits" (vol simple, escroquerie) et les "contraventions" (infractions routières).
- Déviance non-pénale : Il s'agit de comportements qui s'écartent des normes sociales mais ne sont pas sanctionnés par la loi. Ils peuvent entraîner une réprobation sociale, de l'exclusion, mais pas de poursuites judiciaires.
- La déviance non-pénale est beaucoup plus fréquente que la délinquance.
- Déviance positive : C'est une notion plus récente qui désigne des comportements qui s'écartent des normes établies, mais dans un sens jugé bénéfique ou innovant pour la société. Pense à des actions militantes, des formes d'altruisme extrêmes, ou des génies qui bousculent les conventions.
| Caractéristique | Délinquance | Déviance non-pénale |
|---|---|---|
| Nature de la norme | Norme juridique (loi pénale) | Norme sociale (morale, coutume, bienséance) |
| Type de sanction | Formelle (justice, prison, amende) | Informelle (réprobation, moquerie, exclusion, rumeur) |
| Exemples | Vol, agression, fraude fiscale, meurtre | Impolitesse, excentricité vestimentaire, paresse |
Exemple : Un jeune qui sèche les cours est dans une forme de déviance non-pénale (il enfreint les règles de l'école et les attentes de ses parents). S'il vole un scooter pour aller en ville, il bascule dans la délinquance. Mère Teresa, par son dévouement extrême aux plus pauvres, pourrait être vue comme une figure de déviance positive, s'écartant des normes d'individualisme et de recherche de profit.
Chapitre 2
Les théories de la déviance : Approches sociologiques
La théorie de la tension (Merton)
Le sociologue américain Robert K. Merton a développé sa propre théorie de l'anomie, très différente de celle de Durkheim. Pour Merton, la déviance naît d'une "tension" ou d'un décalage entre les objectifs valorisés par une société et les moyens légitimes disponibles pour les atteindre.
-
Anomie (Merton) : C'est l'état qui résulte de la disjonction entre les objectifs culturels (ce que la société nous pousse à désirer, ex: la réussite sociale, la richesse) et les moyens institutionnels légitimes (les voies acceptables pour les atteindre, ex: le travail, l'étude).
-
Objectifs culturels : Ce sont les buts que la société propose et valorise pour ses membres (réussite matérielle, reconnaissance, pouvoir). Dans les sociétés occidentales, la réussite économique est un objectif culturel majeur.
-
Moyens institutionnels : Ce sont les voies socialement acceptées et légitimes pour atteindre ces objectifs (travailler dur, faire des études, épargner).
-
Modes d'adaptation : Face à cette tension, les individus peuvent s'adapter de différentes manières, dont certaines sont déviantes. Merton en distingue cinq :
- Conformisme : Accepte les objectifs et les moyens (travaille dur pour réussir). C'est le mode le plus courant.
- Innovation : Accepte les objectifs mais refuse les moyens légitimes, leur substituant des moyens illégitimes (voler pour devenir riche). C'est un mode de déviance fréquent.
- Ritualisme : Refuse les objectifs (ne croit plus à la réussite) mais s'accroche aux moyens (continue à travailler sans ambition).
- Évasion : Refuse les objectifs et les moyens (toxicomanes, vagabonds, ermites).
- Rébellion : Refuse les objectifs et les moyens existants, et cherche à les remplacer par de nouveaux (révolutionnaires, activistes radicaux).
Exemple : Un jeune issu d'un milieu défavorisé, qui voit à la télévision la réussite et la richesse comme des objectifs sociaux, mais qui n'a pas accès à de bonnes études ou à des emplois stables (moyens institutionnels limités), pourrait être tenté par l'innovation, par exemple en participant à des trafics illégaux pour atteindre la richesse.
La théorie de l'étiquetage (Becker)
Howard Becker, figure majeure de l'interactionnisme symbolique, propose une approche radicalement différente : la déviance n'est pas tant dans l'acte lui-même que dans la réaction de la société.
- Interactionnisme symbolique : Cette approche met l'accent sur la manière dont les individus construisent le sens de leur monde à travers leurs interactions et les symboles qu'ils utilisent (langage, gestes). La déviance est vue comme le résultat d'un processus d'interaction.
- Stigmatisation : C'est le processus par lequel un individu est marqué socialement de manière négative en raison d'une caractéristique ou d'un comportement jugé déviant. Une fois stigmatisé, l'individu est perçu différemment et traité en conséquence.
- Carrière déviante : Selon Becker, l'étiquetage peut entraîner un individu dans une "carrière déviante". Une fois étiqueté, il est difficile de s'en défaire. L'individu peut alors intérioriser cette étiquette et adopter des comportements conformes à l'image qu'on lui renvoie, rejoignant des groupes de "pairs déviants". La déviance est donc vue comme une prophétie auto-réalisatrice.
- Entrepreneurs de morale : Ce sont des individus ou des groupes qui prennent l'initiative de définir ce qui est "bien" et "mal", de créer de nouvelles normes, et de faire appliquer des règles. Ils "fabriquent" la déviance en désignant certains comportements comme problématiques.
Exemple : Un adolescent qui commet un petit délit peut être "étiqueté" comme "voyou" ou "délinquant" par la police, l'école, ou même sa famille. Cette étiquette peut l'isoler des groupes "conformes" et le pousser à fréquenter d'autres jeunes étiquetés de la même manière, renforçant son identité déviante et l'entraînant dans une carrière de délinquant. Les associations anti-tabac sont des entrepreneurs de morale qui ont contribué à faire de la cigarette un comportement de plus en plus stigmatisé.
La déviance comme construction sociale
Ces théories nous montrent que la déviance n'est pas une réalité objective et universelle, mais une construction sociale.
- Relativité de la déviance : Ce qui est considéré comme déviant varie considérablement selon les sociétés, les époques, les groupes sociaux et les contextes. Il n'y a pas de comportement intrinsèquement déviant.
- Processus de qualification : Un acte ne devient déviant que parce qu'il est "qualifié" comme tel par un groupe social. C'est le regard de la société qui fait la déviance.
- Réaction sociale : C'est la réaction du groupe ou de la société face à un comportement jugé non conforme. Cette réaction peut être informelle (critique, exclusion) ou formelle (sanction légale). C'est cette réaction qui confère à l'acte son caractère déviant.
- Contrôle social : C'est l'ensemble des moyens mis en œuvre par une société pour assurer la conformité de ses membres aux normes établies. Le contrôle social est ce qui permet de définir et de sanctionner la déviance.
Exemple : L'homosexualité était considérée comme déviante et illégale dans de nombreux pays occidentaux il y a quelques décennies. Aujourd'hui, elle est largement acceptée et légale. C'est la preuve que la définition de la déviance évolue avec la société. De même, la consommation d'alcool est tolérée dans de nombreux contextes, mais l'ivresse publique peut être qualifiée de déviante et entraîner une réaction sociale.
Chapitre 3
Le rôle du contrôle social dans la déviance
Les mécanismes du contrôle social
Le contrôle social s'exerce de multiples façons, formelles et informelles, et utilise des sanctions variées.
- Contrôle social formel : Il est exercé par des institutions spécialisées et officielles, dont le rôle principal est de faire respecter les normes juridiques et d'appliquer des sanctions prévues par la loi. C'est un contrôle explicite et organisé.
- Contrôle social informel : Il est exercé par les membres de la société eux-mêmes, au quotidien, dans les interactions sociales. Il s'appuie sur des normes implicites et des sanctions non-officielles (regard, moquerie, rumeur, exclusion).
- Sanctions positives : Ce sont des récompenses ou des gratifications accordées pour encourager la conformité aux normes (félicitations, promotions, distinctions). Elles renforcent les comportements attendus.
- Sanctions négatives : Ce sont des punitions ou des réprimandes infligées pour décourager la déviance (amende, prison, blâme, exclusion).
| Type de contrôle | Caractéristiques | Exemples |
|---|---|---|
| Formel | Organisé, explicite, par des institutions, sanctions légales | Police, justice, école (règlement), entreprise (contrat de travail) |
| Informel | Spontané, implicite, par les proches, sanctions non-légales | Famille, amis, voisins, collègues, médias |
Exemple : Un élève qui travaille bien reçoit des félicitations (sanction positive informelle) et de bonnes notes (sanction positive formelle). S'il triche à un examen, il peut être grondé par ses parents (sanction négative informelle) et obtenir un zéro, voire être exclu (sanction négative formelle).
Les institutions du contrôle social formel
Ces institutions sont les piliers du maintien de l'ordre social et de la lutte contre la délinquance.
- Police : Elle est chargée de faire respecter la loi, de prévenir les infractions, de constater les délits et crimes, et d'identifier leurs auteurs. Elle est le premier maillon de la chaîne pénale.
- Justice : Elle est composée de l'ensemble des tribunaux et magistrats. Son rôle est d'interpréter la loi, de juger les individus accusés d'infractions et d'appliquer les peines.
- Prison : C'est une institution de privation de liberté, dont les fonctions sont la punition, la dissuasion, la neutralisation des individus dangereux et, en théorie, la réinsertion.
- Loi : Elle représente l'ensemble des règles juridiques écrites, votées par le parlement, qui définissent ce qui est permis et ce qui est interdit, ainsi que les sanctions associées.
Exemple : Quand une personne commet un vol, la police intervient, l'arrête et mène l'enquête. Le procureur décide de la poursuivre en justice. Un tribunal la juge et peut la condamner à une peine de prison ou à une amende, conformément à la loi.
L'influence du contrôle social informel
Le contrôle social informel est omniprésent et joue un rôle fondamental dans la socialisation et le maintien de l'ordre au quotidien.
- Famille : C'est la première instance de socialisation. Elle transmet les premières normes et valeurs, apprend l'obéissance, le respect, et sanctionne les premiers écarts (gronder, punir).
- École : En plus de transmettre des savoirs, elle inculque des règles de vie en communauté, le respect des autres et de l'autorité, la ponctualité, le travail. Elle sanctionne les comportements déviants (exclusion, retenue).
- Pairs : Les groupes d'amis, de collègues, de voisins exercent une forte pression à la conformité. Le désir d'appartenir au groupe pousse à adopter ses normes et à éviter le rejet (moqueries, exclusion du groupe).
- Médias : Ils jouent un rôle important en diffusant des modèles de comportement, en dénonçant certains actes, en influençant l'opinion publique sur ce qui est acceptable ou non. Ils peuvent amplifier le sentiment d'insécurité ou stigmatiser certains groupes.
Exemple : Un adolescent qui commence à fumer peut être réprimandé par ses parents (famille), ses professeurs peuvent le sanctionner si c'est interdit à l'école (école), et ses amis non-fumeurs peuvent le juger négativement (pairs). Les médias peuvent aussi diffuser des messages de prévention et de stigmatisation du tabagisme.
L'efficacité et les limites du contrôle social
Le contrôle social est essentiel, mais son efficacité est variable et il peut avoir des effets inattendus.
- Prévention : Le contrôle social vise à empêcher la déviance avant qu'elle ne se produise, par l'éducation, la dissuasion, l'aménagement de l'espace public...
- Répression : Il s'agit de sanctionner les comportements déviants une fois qu'ils ont eu lieu, pour punir l'auteur et dissuader d'autres individus.
- Réinsertion : L'objectif est d'aider les individus ayant commis des actes déviants à retrouver une place dans la société, à se conformer aux normes, pour éviter la récidive.
- Effets pervers : Le contrôle social peut parfois avoir des conséquences non désirées. Par exemple, une répression trop forte peut entraîner une stigmatisation excessive et un enfermement dans la déviance (carrière déviante), ou le déplacement de la déviance vers d'autres formes. Il peut aussi créer un "sentiment d'insécurité" disproportionné.
Exemple : L'installation de caméras de surveillance dans une ville est une mesure de prévention. Si un acte délictueux est commis, la répression intervient avec l'arrestation et le jugement. Après une peine de prison, des programmes visent la réinsertion. Cependant, une surveillance excessive peut générer un sentiment de méfiance généralisé, un effet pervers.
Chapitre 4
Les facteurs sociaux de la délinquance
Inégalités sociales et délinquance
De nombreuses études montrent un lien entre les inégalités et la délinquance, même si ce lien est complexe et ne signifie pas une causalité directe.
- Pauvreté : Le manque de ressources matérielles peut pousser certains individus à commettre des délits pour subvenir à leurs besoins ou pour accéder à des biens de consommation valorisés socialement.
- Exclusion sociale : Les individus marginalisés, coupés des réseaux sociaux et des opportunités (emploi, logement, éducation), peuvent se sentir désengagés des normes sociales et être plus susceptibles de commettre des actes déviants.
- Ségrégation spatiale : La concentration de populations défavorisées dans certains quartiers (ghettos urbains) peut créer des environnements propices à la délinquance, avec un affaiblissement du contrôle social informel et une plus grande visibilité de la délinquance.
- Délinquance d'opportunité : Elle survient lorsque des individus profitent d'une situation favorable pour commettre un délit (voler un objet laissé sans surveillance). Les inégalités peuvent créer plus d'opportunités pour certains types de délits.
Exemple : Dans une cité où le chômage est très élevé (pauvreté, exclusion sociale) et où les services publics sont peu présents (ségrégation spatiale), un jeune peut être plus tenté de s'engager dans le trafic de drogue pour gagner de l'argent et obtenir une reconnaissance qu'il ne trouve pas ailleurs.
La délinquance juvénile
Les jeunes sont souvent surreprésentés dans les statistiques de la délinquance, ce qui s'explique par des facteurs spécifiques à cette période de la vie.
- Socialisation : Durant l'adolescence, la socialisation est intense et parfois contradictoire (famille, école, amis). Des difficultés dans ce processus peuvent mener à des comportements déviants.
- Groupes de pairs : L'influence des amis est très forte chez les jeunes. L'appartenance à un groupe peut pousser à des comportements déviants (expérimentation, défi à l'autorité) pour affirmer son identité ou être accepté.
- Crise d'adolescence : C'est une période de construction identitaire, de remise en question des normes parentales et sociales, qui peut s'accompagner de comportements de transgression et de prise de risque.
- Politiques de prévention : Elles visent spécifiquement les jeunes pour éviter leur entrée dans la délinquance (programmes d'éducation, activités sportives et culturelles, accompagnement social).
Exemple : Un adolescent en pleine crise d'adolescence, cherchant à se faire accepter par un groupe de pairs qui commet des incivilités, pourrait être entraîné à dégrader du mobilier urbain. Les politiques de prévention pourraient proposer des ateliers de médiation ou des activités sportives pour l'éloigner de ces influences négatives.
Délinquance en col blanc et criminalité organisée
Ces formes de délinquance sont souvent moins visibles mais ont des conséquences économiques et sociales importantes.
- Délinquance d'affaires (ou en col blanc) : Elle regroupe les infractions commises par des personnes de milieux sociaux favorisés dans le cadre de leurs activités professionnelles (fraude fiscale, escroquerie, abus de biens sociaux, délit d'initié). Ces délits sont souvent complexes à détecter et à prouver.
- Corruption : C'est l'abus de pouvoir ou de position à des fins personnelles (pots-de-vin, favoritisme). Elle peut concerner des agents publics comme des acteurs privés.
- Réseaux criminels (criminalité organisée) : Ce sont des groupes structurés qui commettent des activités illégales à grande échelle et de manière durable (trafic de drogues, d'armes, d'êtres humains, extorsion, blanchiment d'argent).
- Blanchiment d'argent : C'est l'opération qui consiste à dissimuler l'origine illégale de fonds en les réinjectant dans le circuit économique légal.
Exemple : Un dirigeant d'entreprise qui falsifie les comptes de sa société pour échapper aux impôts commet une délinquance en col blanc (fraude fiscale). Un réseau criminel qui tire ses profits du trafic de drogue va ensuite "blanchir" cet argent en l'investissant dans des entreprises légales (restaurants, immobiliers) pour le faire paraître légitime.
Chapitre 5
Mesurer et percevoir la délinquance
Les sources statistiques de la délinquance
Pour évaluer la délinquance, les sociologues et les pouvoirs publics utilisent différentes sources, chacune ayant ses spécificités et ses limites.
- Statistiques policières : Elles recensent les faits constatés par la police et la gendarmerie (plaintes, interpellations, procédures). Elles donnent une idée de la délinquance "officielle" mais ne capturent que ce qui est connu des forces de l'ordre.
- Statistiques judiciaires : Elles proviennent des tribunaux et enregistrent les affaires jugées, les condamnations prononcées. Elles sont plus précises sur les suites données aux infractions mais ne concernent qu'une fraction des faits constatés par la police.
- Enquêtes de victimation : Ce sont des enquêtes réalisées auprès de la population, qui interrogent les individus sur les faits dont ils ont été victimes, qu'ils aient porté plainte ou non. Elles permettent de mieux appréhender la délinquance non déclarée.
- Chiffre noir de la délinquance : C'est la partie de la délinquance qui échappe aux statistiques officielles (policières et judiciaires). Il inclut les faits non signalés, non constatés, ou non résolus. Les enquêtes de victimation sont le meilleur moyen d'estimer ce chiffre noir. Le chiffre noir est toujours plus important que la délinquance officielle.
Exemple : Si un vélo est volé et que la victime ne porte pas plainte, ce vol ne figurera pas dans les statistiques policières ni judiciaires. Il fera partie du chiffre noir de la délinquance et ne pourra être identifié que par une enquête de victimation.
La perception sociale de l'insécurité
La façon dont la population perçoit la délinquance et le risque d'en être victime est souvent différente de la réalité statistique.
- Sentiment d'insécurité : C'est une appréhension subjective du risque d'être victime d'un crime ou d'un délit. Il n'est pas toujours corrélé au niveau réel de la délinquance.
- Rôle des médias : Les médias jouent un rôle majeur dans la construction de la perception de l'insécurité. En amplifiant certains faits divers, en se focalisant sur des catégories spécifiques de délinquance, ils peuvent créer un sentiment d'insécurité accru, même si les chiffres objectifs ne le justifient pas.
- Politiques sécuritaires : Les réponses politiques à l'insécurité (augmentation des effectifs de police, lois plus répressives) peuvent parfois être guidées par la perception du public plutôt que par les données objectives.
- Peur du crime : C'est une émotion, une angoisse liée à la possibilité d'être victime. Elle peut avoir des conséquences importantes sur la vie quotidienne des individus (changer ses habitudes, éviter certains lieux).
Exemple : Malgré une baisse des cambriolages dans une ville, si les médias se concentrent sur quelques cas spectaculaires et les répètent, le sentiment d'insécurité des habitants pourrait augmenter. Cela pourrait pousser les politiciens à mettre en place des politiques sécuritaires plus visibles, comme une augmentation des patrouilles, pour rassurer la population, même si les chiffres ne le justifient pas.
Débats autour de la mesure de la délinquance
La mesure de la délinquance est un sujet de vifs débats, tant sur la fiabilité que sur l'interprétation des données.
- Fiabilité des données : Toutes les sources statistiques ont des limites. Les statistiques policières dépendent des plaintes, des priorités des forces de l'ordre. Les enquêtes de victimation peuvent souffrir de problèmes de mémoire ou de déclaration.
- Comparaisons internationales : Il est très difficile de comparer la délinquance entre différents pays en raison des différences de législations, de méthodes de comptage et de définitions des infractions.
- Évolution des formes de délinquance : La nature de la délinquance change (cybercriminalité, délinquance financière). Les outils de mesure doivent s'adapter, ce qui est un défi constant.
- Construction statistique : Les chiffres de la délinquance ne sont pas des faits bruts, mais des "constructions" qui résultent de processus de collecte, de catégorisation et d'interprétation. Ils reflètent toujours des choix politiques et méthodologiques. Il est donc essentiel d'exercer un esprit critique face aux chiffres de la délinquance.
Exemple : Une augmentation des plaintes pour violences intrafamiliales peut signifier une augmentation réelle de ces violences, mais aussi une plus grande libération de la parole et une meilleure prise en charge par les forces de l'ordre. Interpréter ces chiffres nécessite de comprendre le contexte de leur construction statistique.
Après la lecture
Passe à la pratique avec deux blocs bien visibles
Une fois le cours lu, ouvre soit le quiz pour vérifier la compréhension, soit les flashcards pour mémoriser les idées importantes. Les deux s'ouvrent dans une fenêtre dédiée.
Suite naturelle
Tu veux aller plus loin que l'article ?
Retrouve le même chapitre dans Wilo avec la suite des questions, la répétition espacée, les corrigés complets et une progression suivie dans le temps.