Un tournant social, politique et culturel, la France de 1974 à 1988
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Chapitre 1
L'Alternance et les Réformes Sociétales (1974-1981)
L'ère Giscardienne : Modernisation et Crise
L'arrivée de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence en 1974, après la mort de Georges Pompidou, symbolise une volonté de rupture avec le gaullisme traditionnel et d'ouverture vers une société plus moderne et libérale. Son slogan, "le changement dans la continuité", reflète bien cette ambition.
- Modernisation de la société française : Giscard d'Estaing incarne une vision d'une France plus jeune, plus libre et plus ouverte sur le monde. Il cherche à "décrisper" la société française. Cela se traduit par des gestes symboliques (jouer de l'accordéon, inviter des éboueurs à l'Élysée) et des réformes majeures.
- Crise économique (chocs pétroliers) : Le mandat de Giscard est fortement marqué par les conséquences des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Ces crises entraînent une hausse fulgurante du prix du pétrole, matière première essentielle, et déstabilisent l'économie mondiale.
- Conséquences en France : L'inflation explose, le chômage augmente de manière significative et la croissance économique ralentit drastiquement. La France entre dans une période de stagflation (stagnation économique + inflation).
- Le gouvernement met en place des plans d'austérité (plan Fourcade en 1974, plan Barre en 1976) pour tenter de maîtriser l'inflation et de réduire le déficit commercial.
- Réformes libérales : Face à la crise, le gouvernement de Raymond Barre, Premier ministre de 1976 à 1981, adopte une politique économique plus libérale.
- Libéralisation des prix : Dès 1978, les prix industriels sont libérés, une mesure audacieuse après des décennies de contrôle étatique.
- Soutien à l'entreprise : Des mesures sont prises pour alléger les charges des entreprises et favoriser l'investissement.
- Ces politiques visent à restaurer la compétitivité de l'économie française mais sont souvent impopulaires en raison de leurs conséquences sociales (chômage).
Les Grandes Réformes Sociétales
Au-delà de l'économie, la présidence de Giscard d'Estaing est surtout célèbre pour ses avancées sociétales majeures, qui transforment durablement la société française. Ces réformes témoignent d'une volonté de moderniser les mœurs et de répondre aux aspirations de la population, notamment celles issues de Mai 68.
- Loi Veil sur l'IVG (1975) : C'est la réforme la plus emblématique. Portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé, cette loi légalise l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Après des débats houleux et une forte opposition d'une partie de la droite et de l'Église, la loi est adoptée. Elle représente une avancée majeure pour les droits des femmes et la maîtrise de leur corps.
- Majorité à 18 ans (1974) : Dès le début de son mandat, Giscard abaisse l'âge de la majorité civile et électorale de 21 à 18 ans. Cette mesure est très populaire auprès de la jeunesse et leur donne plus de responsabilités civiques et juridiques.
- Divorce par consentement mutuel (1975) : Cette loi simplifie considérablement les procédures de divorce, permettant aux époux de se séparer sans avoir à prouver la faute de l'un ou de l'autre. Elle reflète une évolution des mentalités vis-à-vis du mariage et de la famille.
- Réformes de l'audiovisuel : En 1974, l'ORTF (Office de Radiodiffusion Télévision Française), monopole d'État, est démantelé et remplacé par sept sociétés autonomes (comme TF1, Antenne 2, FR3, Radio France). Cette réforme vise à introduire plus de pluralisme et de concurrence, mais reste sous le contrôle étroit de l'État.
Le Contexte International et Européen
La France de Giscard évolue dans un monde en mutation, marqué par la persistance de la Guerre Froide et la construction européenne.
- Guerre Froide : La confrontation Est-Ouest reste une constante. La France maintient sa position d'indépendance vis-à-vis des deux blocs, tout en réaffirmant son ancrage occidental. Les relations avec les États-Unis sont parfois tendues, notamment sur les questions monétaires.
- Construction européenne : Giscard d'Estaing est un fervent Européen. Il œuvre activement à la relance de la construction européenne, notamment avec le chancelier allemand Helmut Schmidt.
- Création du Conseil européen (1974) : Institutionnalisation des sommets des chefs d'État et de gouvernement, donnant une impulsion politique majeure à l'Europe.
- Élection du Parlement européen au suffrage universel direct (1979) : Une étape démocratique fondamentale pour l'intégration européenne.
- Mise en place du Système Monétaire Européen (SME) en 1979 : Il vise à stabiliser les monnaies européennes et préparer la future monnaie unique.
- Relations franco-allemandes : Le couple franco-allemand, incarné par Giscard et Schmidt, est le moteur de l'intégration européenne durant cette période. Leur entente personnelle et politique est cruciale.
- Nouveau désordre mondial : Outre la Guerre Froide, la France doit faire face à de nouvelles dynamiques internationales : montée en puissance des pays émergents, tensions au Moyen-Orient (révolution iranienne de 1979), et développement du tiers-mondisme. La France cherche à jouer un rôle de médiateur et de puissance moyenne influente.
Chapitre 2
L'Alternance Socialiste et les Politiques de Rupture (1981-1983)
L'Élection de François Mitterrand et le Programme Commun
Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République, mettant fin à 23 ans de présidence de droite. C'est une victoire historique pour le Parti Socialiste et ses alliés.
- Victoire de la gauche en 1981 : Cette élection est le fruit d'une longue préparation et de l'unité de la gauche autour du Programme Commun. Ce programme, initialement signé en 1972 avec le Parti Communiste Français (PCF), propose des réformes structurelles profondes pour transformer la société.
- Nationalisations : L'une des premières et des plus symboliques mesures est la nationalisation de 5 grands groupes industriels (Saint-Gobain, Rhône-Poulenc, Thomson, CGE, Péchiney-Ugine-Kuhlmann), de 39 banques et de deux compagnies financières. L'objectif est de donner à l'État les moyens de diriger l'économie et de relancer l'investissement. Ces nationalisations accroissent considérablement le poids de l'État dans l'économie.
- Politiques de relance keynésienne : Le gouvernement Mauroy (Premier ministre de 1981 à 1984) met en place une politique de relance de la consommation et de l'investissement par l'augmentation des dépenses publiques. L'idée est de stimuler la demande intérieure pour relancer la croissance et faire baisser le chômage, à contre-courant des politiques d'austérité menées par les autres pays occidentaux.
- Augmentation des salaires (notamment le SMIC), des allocations familiales, des retraites.
- Création de nombreux emplois publics.
- Réformes sociales : En parallèle, de nombreuses mesures sociales sont prises pour améliorer le quotidien des Français et réduire les inégalités.
Les Grandes Réformes Sociales et Institutionnelles
Les premières années du septennat de Mitterrand sont marquées par une vague de réformes profondes, qui touchent à la fois les droits individuels et l'organisation territoriale du pays.
- Abolition de la peine de mort (1981) : Portée par Robert Badinter, Garde des Sceaux, cette loi abolit la peine capitale en France, faisant de la France l'un des derniers pays européens à le faire. C'est une mesure forte en faveur des droits de l'Homme.
- Lois de décentralisation (lois Defferre, 1982-1983) : Initiées par Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur, ces lois constituent une révolution institutionnelle. Elles transfèrent de nombreuses compétences de l'État aux collectivités territoriales (régions, départements, communes), leur accordent une plus grande autonomie et suppriment la tutelle administrative préfectorale. L'objectif est de rapprocher la décision du citoyen et de favoriser le développement local.
- Augmentation du SMIC et des minima sociaux : Dès 1981, le SMIC est augmenté de 10%, et les minima sociaux (allocations vieillesse, handicap) sont revalorisés. Ces mesures visent à améliorer le pouvoir d'achat des catégories les plus modestes.
- Réduction du temps de travail : La durée légale du travail hebdomadaire passe de 40 à 39 heures, et une cinquième semaine de congés payés est généralisée. L'objectif est de partager le travail et de créer des emplois.
Les Tensions Sociales et Politiques
Malgré l'enthousiasme initial, les politiques de relance se heurtent rapidement à des difficultés économiques et sociales, entraînant des tensions.
- Montée du chômage : Contrairement aux attentes, la relance keynésienne ne parvient pas à inverser la courbe du chômage, qui continue d'augmenter, atteignant des niveaux préoccupants. Les entreprises, fragilisées par la crise et le coût du travail, peinent à embaucher.
- Opposition de droite : La droite, d'abord sous le choc de la défaite, se réorganise et dénonce la politique économique du gouvernement, qu'elle juge irréaliste et coûteuse. Elle critique les nationalisations et l'augmentation des dépenses publiques.
- Mouvements sociaux : Des grèves et des manifestations éclatent, notamment dans les secteurs touchés par les restructurations industrielles. La "colère des sidérurgistes" est emblématique de cette période.
- Débats sur la laïcité et l'école : Le projet de loi Savary (1984), visant à créer un "grand service public unifié et laïque de l'éducation nationale" en intégrant les écoles privées sous contrat, provoque une mobilisation massive de l'enseignement privé. Des centaines de milliers de manifestants défilent à Paris, forçant le gouvernement à retirer le projet. Ce mouvement montre la persistance des clivages idéologiques en France.
Chapitre 3
Le Tournant de la Rigueur et la Modernisation Économique (1983-1986)
Le Tournant de la Rigueur et ses Conséquences
En mars 1983, face à l'inflation galopante (près de 14% en 1981), à la dégradation du déficit commercial et à la fuite des capitaux, le gouvernement est contraint de changer de cap. C'est le "tournant de la rigueur".
- Changement de politique économique : Plutôt que de sortir du Système Monétaire Européen (SME) comme le souhaitait une partie de la gauche, François Mitterrand et son Premier ministre Pierre Mauroy (puis Laurent Fabius à partir de 1984) décident de maintenir la France dans le SME et d'adopter une politique de désinflation compétitive.
- Objectif : Réduire l'inflation pour restaurer la compétitivité des entreprises françaises et stabiliser les prix.
- Désinflation compétitive : Cette politique repose sur plusieurs piliers :
- Maîtrise des dépenses publiques : Réduction des budgets, gel des salaires des fonctionnaires.
- Contrôle de la masse monétaire : Politique monétaire restrictive menée par la Banque de France.
- Soutien à l'investissement des entreprises : Plutôt qu'à la consommation.
- Libéralisation de l'économie : Bien que menée par un gouvernement socialiste, cette période voit des mesures de libéralisation.
- Déréglementation financière : Modernisation des marchés financiers et suppression du contrôle des changes en 1986.
- Assouplissement des réglementations : Pour favoriser l'activité économique.
- Privatisations : Même si les grandes privatisations seront l'œuvre de la droite, le gouvernement socialiste entame une réflexion sur la gestion des entreprises publiques et certaines cessions d'actifs sont envisagées.
La Restructuration Industrielle et l'Évolution du Monde du Travail
Le tournant de la rigueur s'accompagne de profondes mutations du tissu industriel français, avec des conséquences douloureuses pour de nombreuses régions et secteurs d'activité.
- Crise de la sidérurgie et des mines : Les années 1970 et 1980 sont marquées par le déclin des industries lourdes traditionnelles, notamment la sidérurgie (Lorraine, Nord) et les mines de charbon. Face à la concurrence internationale et à l'obsolescence des techniques, de nombreuses usines ferment, entraînant des milliers de suppressions d'emplois. C'est une période de désindustrialisation pour une partie du territoire français.
- Exemple : Les plans de restructuration de la sidérurgie en Lorraine (Usinor-Sacilor) provoquent de vives tensions sociales et des manifestations.
- Développement du secteur tertiaire : En parallèle, le secteur des services (banque, assurance, commerce, tourisme, informatique) connaît une croissance rapide et devient le principal pourvoyeur d'emplois. L'économie française se tertiarise.
- Flexibilisation du travail : Pour répondre aux enjeux de compétitivité et de mondialisation, les entreprises cherchent à adapter leurs coûts et leurs modes de production. Cela se traduit par une plus grande flexibilité du travail : développement des contrats à durée déterminée (CDD), du travail temporaire, des horaires variables. Ces évolutions ont des conséquences sur la précarité de l'emploi.
Les Mutations Sociales et Culturelles
Ces transformations économiques et industrielles ont des répercussions majeures sur la société française et sa culture.
- Montée des inégalités : La persistance du chômage de masse et la flexibilisation du travail contribuent à l'augmentation des inégalités sociales. Une fracture se creuse entre ceux qui bénéficient de la modernisation économique et ceux qui en sont exclus.
- Précarité : Le développement des emplois précaires (CDD, temps partiel subi) fragilise une partie de la population et créé de nouvelles formes de pauvreté. Les mouvements de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale émergent (comme les Restos du Cœur en 1985).
- Émergence de nouvelles formes de culture : Les années 1980 sont marquées par l'essor de nouvelles musiques (rock, new wave, hip-hop), de la mode, de la télévision privée (création de Canal+ en 1984, puis La Cinq et M6 en 1986) et de la culture des loisirs. C'est une période de forte consommation culturelle et de diversification des médias.
- Mouvements associatifs : Face aux défis sociaux, les mouvements associatifs se développent et jouent un rôle croissant dans la solidarité, la défense des droits (SOS Racisme, créé en 1984) et la protection de l'environnement.
Chapitre 4
La Première Cohabitation et les Nouveaux Enjeux (1986-1988)
L'Alternance de 1986 et la Cohabitation
Les élections législatives de mars 1986 sont un moment clé.
- Victoire de la droite aux législatives : La droite (RPR et UDF) remporte la majorité des sièges à l'Assemblée nationale. C'est une défaite pour la gauche, qui perd le soutien populaire.
- François Mitterrand et Jacques Chirac : Le président François Mitterrand, socialiste, est contraint de nommer un Premier ministre issu de l'opposition. Il choisit Jacques Chirac, chef du RPR. C'est le début de la première cohabitation de la Cinquième République.
- Partage du pouvoir : Cette situation inédite impose un partage du pouvoir entre un président de gauche et un gouvernement de droite. Les compétences sont réparties de manière complexe :
- Le président conserve le domaine réservé (défense, affaires étrangères).
- Le gouvernement dirige la politique intérieure et économique.
- Les deux têtes de l'exécutif doivent composer, ce qui entraîne des tensions institutionnelles régulières.
- Tensions institutionnelles : La cohabitation est une période de frictions constantes entre l'Élysée et Matignon. Chaque camp cherche à marquer son territoire et à préparer la future élection présidentielle. Les "petites phrases" et les désaccords sont fréquents, mais les institutions tiennent bon.
Les Politiques de la Cohabitation
Le gouvernement Chirac mène une politique résolument libérale, en rupture avec celle des socialistes.
- Vague de privatisations : Le gouvernement Chirac lance un vaste programme de privatisations, cédant de nombreuses entreprises nationalisées en 1981, ainsi que d'autres sociétés publiques (TF1, Saint-Gobain, Paribas, Suez, etc.). L'objectif est de désengager l'État de l'économie, de favoriser la concurrence et d'obtenir des recettes pour réduire la dette. Ces privatisations sont emblématiques de la politique libérale de la cohabitation.
- Réformes fiscales : Des réformes visent à alléger la fiscalité des entreprises et des ménages, dans l'espoir de stimuler l'investissement et la consommation.
- Loi Devaquet (réforme universitaire) : Le projet de loi Devaquet (du nom du ministre de l'Enseignement supérieur) vise à réformer les universités en instaurant une sélection à l'entrée de certaines filières et en augmentant leur autonomie. Ce projet provoque une forte mobilisation étudiante à l'automne 1986, culminant avec des manifestations massives et le décès d'un étudiant, Malik Oussekine. Le gouvernement doit retirer la loi face à l'ampleur de la contestation.
- Lutte contre le terrorisme : La France est confrontée à une vague d'attentats terroristes en 1986 (attentats de Paris). Le gouvernement renforce les mesures de sécurité et la coopération internationale.
Les Défis Sociaux et la Montée des Extrêmes
La fin des années 1980 est marquée par des tensions sociales persistantes et l'émergence de nouvelles forces politiques.
- Mouvements étudiants : La mobilisation contre la loi Devaquet souligne la capacité de la jeunesse à s'organiser et à peser sur le débat public. Elle révèle aussi une inquiétude face à la précarisation de l'accès à l'enseignement supérieur et à l'emploi.
- Montée du Front National : Le Front National (FN), parti d'extrême droite dirigé par Jean-Marie Le Pen, connaît une progression électorale significative. En 1986, il entre pour la première fois à l'Assemblée nationale avec 35 députés (grâce à l'instauration de la proportionnelle). Le FN capitalise sur les inquiétudes liées à l'insécurité, au chômage et à l'immigration. Sa montée en puissance est un signal fort de la fracture sociale et politique du pays.
- Question de l'immigration : La présence de l'immigration et l'intégration des populations issues de l'immigration deviennent des sujets de débat intenses, souvent polarisés. Des mouvements antiracistes comme SOS Racisme tentent de lutter contre la xénophobie.
- Préparation de l'élection présidentielle de 1988 : La cohabitation est une période de pré-campagne permanente. François Mitterrand et Jacques Chirac se positionnent en vue de l'élection présidentielle de 1988, qui s'annonce comme un duel entre les deux hommes. Mitterrand, malgré une cohabitation difficile, parvient à incarner une figure présidentielle au-dessus des querelles partisanes, ce qui le place en bonne position pour un second mandat.
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