Éducation nationale françaiseSpécialité MathématiquesTerminale générale20 min de lecture

La continuite

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Lecture

4 chapitres

Un parcours éditorialisé et navigable.

Pratique

12 questions

Quiz et cartes mémoire à ouvrir après la lecture.

Objectif

Terminale générale

Format rapide pour vérifier si le chapitre correspond.

Chapitre 1

Introduction à la notion de continuité

Définition intuitive et exemples

La continuité est une propriété fondamentale des fonctions en mathématiques. Intuitivement, une fonction est continue si l'on peut tracer sa courbe représentative sans jamais lever le crayon de la feuille. Il n'y a pas de "saut", de "trou" ou de "cassure" dans le tracé.

Exemples de fonctions continues usuelles :

  • Les fonctions affines : f(x)=ax+bf(x) = ax + b (ex: f(x)=2x3f(x) = 2x - 3)
  • Les fonctions polynomiales : f(x)=x24x+1f(x) = x^2 - 4x + 1
  • Les fonctions racine carrée : f(x)=xf(x) = \sqrt{x} (sur son domaine de définition [0;+[[0; +\infty[)
  • Les fonctions sinus et cosinus : f(x)=sin(x)f(x) = \sin(x), g(x)=cos(x)g(x) = \cos(x)
  • La fonction exponentielle : f(x)=exf(x) = e^x
  • La fonction logarithme népérien : f(x)=ln(x)f(x) = \ln(x) (sur son domaine de définition ]0;+[]0; +\infty[)

Exemples de fonctions non continues :

  • La fonction partie entière : E(x)E(x) (présente des sauts à chaque entier)
  • La fonction inverse : f(x)=1xf(x) = \frac{1}{x} n'est pas continue en x=0x=0 (elle n'est pas définie en ce point et tend vers ±\pm \infty)
  • Les fonctions définies par morceaux avec des "sauts". Par exemple : f(x)={xsi x<12si x1f(x) = \begin{cases} x & \text{si } x < 1 \\ 2 & \text{si } x \ge 1 \end{cases} Cette fonction présente un saut en x=1x=1.

Continuité en un point

Une fonction ff est dite continue en un point aa de son domaine de définition si la limite de f(x)f(x) lorsque xx tend vers aa existe et est égale à la valeur de la fonction en ce point.

Formellement, ff est continue en aa si et seulement si : limxaf(x)=f(a)\lim_{x \to a} f(x) = f(a)

Cela signifie trois choses :

  1. f(a)f(a) doit être définie (le point aa appartient au domaine de définition de ff).
  2. La limite limxaf(x)\lim_{x \to a} f(x) doit exister et être finie.
  3. Ces deux valeurs doivent être égales.

Exemple : Soit la fonction f(x)=x2+1f(x) = x^2 + 1. Pour montrer qu'elle est continue en x=2x=2 :

  1. f(2)=22+1=5f(2) = 2^2 + 1 = 5.
  2. limx2(x2+1)=22+1=5\lim_{x \to 2} (x^2 + 1) = 2^2 + 1 = 5.
  3. Puisque limx2f(x)=f(2)=5\lim_{x \to 2} f(x) = f(2) = 5, la fonction ff est continue en x=2x=2.

Contre-exemple : Reprenons la fonction définie par morceaux : f(x)={xsi x<12si x1f(x) = \begin{cases} x & \text{si } x < 1 \\ 2 & \text{si } x \ge 1 \end{cases} Est-elle continue en x=1x=1 ?

  1. f(1)=2f(1) = 2.
  2. Calculons les limites à gauche et à droite :
    • limx1f(x)=limx1x=1\lim_{x \to 1^-} f(x) = \lim_{x \to 1^-} x = 1.
    • limx1+f(x)=limx1+2=2\lim_{x \to 1^+} f(x) = \lim_{x \to 1^+} 2 = 2. Les limites à gauche et à droite sont différentes, donc limx1f(x)\lim_{x \to 1} f(x) n'existe pas. La fonction n'est pas continue en x=1x=1.

Continuité sur un intervalle

Une fonction ff est dite continue sur un intervalle II si elle est continue en chaque point de cet intervalle.

Il y a quelques subtilités pour les bornes de l'intervalle :

  • Si l'intervalle est ouvert ]a,b[]a, b[, ff est continue sur ]a,b[]a, b[ si elle est continue en tout point x]a,b[x \in ]a, b[.
  • Si l'intervalle est fermé [a,b][a, b], ff est continue sur [a,b][a, b] si :
    • Elle est continue sur ]a,b[]a, b[.
    • Elle est continue à droite en aa : limxa+f(x)=f(a)\lim_{x \to a^+} f(x) = f(a).
    • Elle est continue à gauche en bb : limxbf(x)=f(b)\lim_{x \to b^-} f(x) = f(b).
  • Pour les intervalles semi-ouverts (ex: [a,b[[a, b[ ou ]a,b]]a, b]), on adapte la définition en conséquence. Pour [a,b[[a, b[, il faut la continuité à droite en aa.

Rappel important : Toutes les fonctions usuelles (polynomiales, rationnelles, trigonométriques, exponentielle, logarithme) sont continues sur leur domaine de définition. Par exemple, f(x)=1xf(x) = \frac{1}{x} est continue sur ],0[]-\infty, 0[ et sur ]0,+[]0, +\infty[, mais pas sur R\mathbb{R}.

Chapitre 2

Propriétés des fonctions continues

Opérations sur les fonctions continues

La continuité est une propriété "stable" par les opérations arithmétiques et la composition. C'est très utile pour prouver la continuité de fonctions complexes.

Soient ff et gg deux fonctions continues sur un intervalle II, et kk un réel.

  1. Somme et différence : La fonction f+gf+g (et fgf-g) est continue sur II. Exemple : f(x)=x2f(x) = x^2 est continue sur R\mathbb{R}, g(x)=sin(x)g(x) = \sin(x) est continue sur R\mathbb{R}. Donc h(x)=x2+sin(x)h(x) = x^2 + \sin(x) est continue sur R\mathbb{R}.
  2. Produit : La fonction f×gf \times g est continue sur II. Exemple : h(x)=x2sin(x)h(x) = x^2 \sin(x) est continue sur R\mathbb{R}.
  3. Produit par un scalaire : La fonction k×fk \times f est continue sur II. Exemple : h(x)=3x2h(x) = 3x^2 est continue sur R\mathbb{R}.
  4. Quotient : La fonction fg\frac{f}{g} est continue sur II pour tous les points xIx \in I tels que g(x)0g(x) \neq 0. Exemple : h(x)=x2x1h(x) = \frac{x^2}{x-1} est continue sur ],1[]-\infty, 1[ et sur ]1,+[]1, +\infty[. Elle n'est pas définie en x=1x=1, donc pas continue en 11.
  5. Composition : Si ff est continue sur II et gg est continue sur JJ tel que f(I)Jf(I) \subseteq J (l'image de II par ff est incluse dans JJ), alors la fonction composée gfg \circ f est continue sur II. Exemple : f(x)=x2+1f(x) = x^2+1 est continue sur R\mathbb{R}. g(x)=xg(x) = \sqrt{x} est continue sur [0,+[[0, +\infty[. L'image de R\mathbb{R} par ff est [1,+[[1, +\infty[, qui est bien inclus dans [0,+[[0, +\infty[. Donc h(x)=g(f(x))=x2+1h(x) = g(f(x)) = \sqrt{x^2+1} est continue sur R\mathbb{R}.

Conséquence importante :

  • Toute fonction polynomiale est continue sur R\mathbb{R}.
  • Toute fonction rationnelle est continue sur son domaine de définition (qui est R\mathbb{R} privé des valeurs annulant le dénominateur).

Continuité et ordre

Le lien entre continuité et ordre est crucial, notamment avec le Théorème des Valeurs Intermédiaires (TVI).

Le TVI est un outil puissant pour prouver l'existence d'antécédents et de solutions à des équations.

Théorème des Valeurs Intermédiaires (TVI) : Soit ff une fonction continue sur un intervalle [a,b][a, b]. Pour tout réel kk compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b) (c'est-à-dire f(a)kf(b)f(a) \le k \le f(b) ou f(b)kf(a)f(b) \le k \le f(a)), il existe au moins un réel c[a,b]c \in [a, b] tel que f(c)=kf(c) = k.

En d'autres termes, une fonction continue ne "saute" aucune valeur. Elle prend toutes les valeurs intermédiaires entre f(a)f(a) et f(b)f(b).

Applications du TVI :

  • Prouver l'existence d'une solution à une équation f(x)=kf(x) = k.
  • Prouver l'existence d'un antécédent pour une valeur donnée kk.

Exemple : Montrer que l'équation x3+x1=0x^3 + x - 1 = 0 admet au moins une solution sur l'intervalle [0,1][0, 1]. Soit f(x)=x3+x1f(x) = x^3 + x - 1.

  1. ff est une fonction polynomiale, donc elle est continue sur R\mathbb{R}, et en particulier sur [0,1][0, 1].
  2. Calculons les valeurs aux bornes :
    • f(0)=03+01=1f(0) = 0^3 + 0 - 1 = -1.
    • f(1)=13+11=1f(1) = 1^3 + 1 - 1 = 1.
  3. La valeur k=0k=0 est bien comprise entre f(0)=1f(0) = -1 et f(1)=1f(1) = 1.
  4. D'après le TVI, il existe au moins un réel c[0,1]c \in [0, 1] tel que f(c)=0f(c) = 0. L'équation x3+x1=0x^3 + x - 1 = 0 admet donc au moins une solution sur [0,1][0, 1].

Cas des fonctions strictement monotones

Quand on ajoute la condition de stricte monotonie à la continuité, le TVI devient encore plus puissant, garantissant l'unicité de la solution.

Si ff est une fonction continue et strictement monotone (strictement croissante ou strictement décroissante) sur un intervalle [a,b][a, b], alors pour tout réel kk compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b), il existe un unique réel c[a,b]c \in [a, b] tel que f(c)=kf(c) = k.

Interprétation graphique : La courbe d'une fonction continue et strictement monotone ne peut couper une droite horizontale y=ky=k qu'en un seul point si kk est entre f(a)f(a) et f(b)f(b).

Application à la résolution d'équations : Ce corollaire du TVI est fondamental pour montrer l'existence ET l'unicité des solutions d'équations du type f(x)=kf(x) = k.

Exemple : Reprenons l'équation x3+x1=0x^3 + x - 1 = 0 sur [0,1][0, 1]. Soit f(x)=x3+x1f(x) = x^3 + x - 1.

  1. ff est continue sur [0,1][0, 1].
  2. Calculons sa dérivée pour étudier sa monotonie : f(x)=3x2+1f'(x) = 3x^2 + 1.
  3. Pour x[0,1]x \in [0, 1], x20x^2 \ge 0, donc 3x203x^2 \ge 0, et 3x2+113x^2+1 \ge 1. Ainsi, f(x)>0f'(x) > 0 sur [0,1][0, 1].
  4. Puisque f(x)>0f'(x) > 0, la fonction ff est strictement croissante sur [0,1][0, 1].
  5. Comme f(0)=1f(0) = -1 et f(1)=1f(1) = 1, et que 00 est compris entre 1-1 et 11, alors d'après le corollaire du TVI, il existe une unique solution c[0,1]c \in [0, 1] à l'équation f(x)=0f(x) = 0.

C'est un résultat très fort car il nous assure non seulement qu'une solution existe, mais qu'il n'y en a qu'une seule sur cet intervalle.

Chapitre 3

Théorème des Valeurs Intermédiaires (TVI)

Énoncé et interprétation graphique du TVI

Le Théorème des Valeurs Intermédiaires (TVI) est un pilier de l'analyse des fonctions continues.

Énoncé formel : Soit ff une fonction continue sur un intervalle [a,b][a, b]. Soit kk un nombre réel quelconque compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b). Alors il existe au moins un nombre cc appartenant à l'intervalle [a,b][a, b] tel que f(c)=kf(c) = k.

Conditions cruciales :

  • La fonction ff doit être continue sur l'intervalle fermé [a,b][a, b]. C'est la condition la plus importante. Si la fonction n'est pas continue, le théorème ne s'applique pas (on peut avoir des "sauts" qui "manquent" des valeurs).
  • L'intervalle doit être fermé pour que f(a)f(a) et f(b)f(b) soient définies et que l'on puisse parler de valeurs aux bornes.
  • Le nombre kk doit être entre f(a)f(a) et f(b)f(b).

Interprétation graphique : Imaginez la courbe de la fonction ff entre les points A(a,f(a))A(a, f(a)) et B(b,f(b))B(b, f(b)). Si la fonction est continue, cela signifie que vous pouvez dessiner la courbe de AA à BB sans lever le crayon. Le TVI dit que si vous tracez une droite horizontale y=ky=k qui passe entre f(a)f(a) et f(b)f(b), cette droite va nécessairement couper la courbe de ff au moins une fois entre x=ax=a et x=bx=b. La continuité "force" la courbe à traverser toutes les hauteurs intermédiaires entre f(a)f(a) et f(b)f(b).

Tableau récapitulatif des conditions et conséquences :

Condition 1Condition 2Conséquence (TVI)
ff continue sur [a,b][a, b]k[min(f(a),f(b)),max(f(a),f(b))]k \in [\min(f(a), f(b)), \max(f(a), f(b))]Il existe au moins un c[a,b]c \in [a, b] tel que f(c)=kf(c) = k

Corollaire du TVI : Cas $f(a)f(b) < 0$

Un cas très fréquent et utile du TVI est lorsque k=0k=0. C'est le corollaire qui permet de montrer l'existence de racines (zéros) d'une fonction.

Énoncé du corollaire : Si ff est une fonction continue sur un intervalle [a,b][a, b] et si f(a)f(a) et f(b)f(b) sont de signes opposés (c'est-à-dire f(a)f(b)<0f(a) \cdot f(b) < 0), alors il existe au moins un réel cc appartenant à l'intervalle ]a,b[]a, b[ tel que f(c)=0f(c) = 0.

Explication : Si f(a)f(a) et f(b)f(b) sont de signes opposés, cela signifie que l'un est positif et l'autre est négatif. Par exemple, si f(a)<0f(a) < 0 et f(b)>0f(b) > 0. La valeur k=0k=0 est alors nécessairement comprise entre f(a)f(a) et f(b)f(b). Le TVI garantit donc l'existence d'un cc tel que f(c)=0f(c)=0. Notez que le cc est dans ]a,b[]a, b[ car si f(a)=0f(a)=0 ou f(b)=0f(b)=0, alors f(a)f(b)=0f(a)f(b)=0, ce qui contredit la condition f(a)f(b)<0f(a)f(b)<0.

Applications pratiques :

  • Prouver qu'une équation f(x)=0f(x)=0 a au moins une solution.
  • Localiser des racines dans des intervalles spécifiques.

Exemple : Montrer que l'équation ex+x=0e^x + x = 0 admet au moins une solution sur ],0]]-\infty, 0]. Soit f(x)=ex+xf(x) = e^x + x.

  1. ff est continue sur R\mathbb{R} (somme de fonctions continues : exe^x et xx). Donc ff est continue sur tout intervalle fermé, par exemple [1,0][-1, 0].
  2. Calculons les valeurs aux bornes de [1,0][-1, 0] :
    • f(1)=e1+(1)=1e10.3681=0.632f(-1) = e^{-1} + (-1) = \frac{1}{e} - 1 \approx 0.368 - 1 = -0.632. Donc f(1)<0f(-1) < 0.
    • f(0)=e0+0=1+0=1f(0) = e^0 + 0 = 1 + 0 = 1. Donc f(0)>0f(0) > 0.
  3. Puisque f(1)<0f(-1) < 0 et f(0)>0f(0) > 0, on a f(1)f(0)<0f(-1) \cdot f(0) < 0.
  4. D'après le corollaire du TVI, il existe au moins un réel c]1,0[c \in ]-1, 0[ tel que f(c)=0f(c) = 0. L'équation ex+x=0e^x + x = 0 admet donc au moins une solution sur ]1,0[]-1, 0[.

Méthode de dichotomie

La méthode de dichotomie est un algorithme numérique qui utilise le corollaire du TVI pour approcher une solution de l'équation f(x)=0f(x)=0 avec une précision donnée.

Principe : On part d'un intervalle [a,b][a, b]ff est continue et f(a)f(b)<0f(a) \cdot f(b) < 0. On sait qu'il existe une racine dans cet intervalle.

  1. On calcule le milieu de l'intervalle : m=a+b2m = \frac{a+b}{2}.
  2. On évalue f(m)f(m).
  3. On compare le signe de f(m)f(m) avec f(a)f(a) et f(b)f(b) :
    • Si f(m)=0f(m) = 0, on a trouvé la racine.
    • Si f(m)f(m) et f(a)f(a) sont de signes opposés (f(m)f(a)<0f(m) \cdot f(a) < 0), alors la racine est dans [a,m][a, m]. On remplace bb par mm.
    • Si f(m)f(m) et f(b)f(b) sont de signes opposés (f(m)f(b)<0f(m) \cdot f(b) < 0), alors la racine est dans [m,b][m, b]. On remplace aa par mm.
  4. On répète le processus avec le nouvel intervalle, qui a une longueur divisée par deux.

Algorithme :

fonction dichotomie(f, a, b, precision) :
  si f(a) * f(b) >= 0 alors
    afficher "Le TVI ne garantit pas de racine sur cet intervalle."
    retourner
  fin si

  tant que (b - a) > precision faire
    m = (a + b) / 2
    si f(m) == 0 alors
      retourner m
    sinon si f(a) * f(m) < 0 alors
      b = m
    sinon
      a = m
    fin si
  fin tant que

  retourner (a + b) / 2  // Retourne une approximation de la racine
fin fonction

Précision de l'approximation : Après nn itérations, la longueur de l'intervalle de recherche est ba2n\frac{b-a}{2^n}. Pour obtenir une précision pp (c'est-à-dire un intervalle de longueur inférieure à pp), on cherche nn tel que ba2np\frac{b-a}{2^n} \le p.

Avantages :

  • Simple à comprendre et à implémenter.
  • Garantit la convergence vers une racine si les conditions du TVI sont remplies.
  • La vitesse de convergence est constante et prévisible.

Inconvénients :

  • Relativement lente comparée à d'autres méthodes numériques (comme la méthode de Newton).
  • Ne permet pas de trouver toutes les racines s'il y en a plusieurs dans l'intervalle initial.

Chapitre 4

Applications de la continuité

Résolution d'équations

La continuité est un outil essentiel pour prouver l'existence et parfois l'unicité de solutions à des équations, surtout celles qui ne peuvent pas être résolues algébriquement.

1. Existence de solutions (via le TVI) : Pour montrer qu'une équation f(x)=kf(x) = k admet une solution sur un intervalle [a,b][a, b] :

  • Vérifier que ff est continue sur [a,b][a, b].
  • Vérifier que kk est entre f(a)f(a) et f(b)f(b). Si ces deux conditions sont remplies, le TVI garantit l'existence d'au moins une solution.

Exemple : Montrer que l'équation cos(x)=x\cos(x) = x admet au moins une solution sur R\mathbb{R}. On pose f(x)=cos(x)xf(x) = \cos(x) - x. On cherche xx tel que f(x)=0f(x)=0.

  1. ff est continue sur R\mathbb{R} (différence de fonctions continues).
  2. Cherchons un intervalle [a,b][a, b]f(a)f(a) et f(b)f(b) sont de signes opposés.
    • f(0)=cos(0)0=10=1>0f(0) = \cos(0) - 0 = 1 - 0 = 1 > 0.
    • f(π2)=cos(π2)π2=0π2=π2<0f(\frac{\pi}{2}) = \cos(\frac{\pi}{2}) - \frac{\pi}{2} = 0 - \frac{\pi}{2} = -\frac{\pi}{2} < 0.
  3. Puisque f(0)>0f(0) > 0 et f(π2)<0f(\frac{\pi}{2}) < 0, le corollaire du TVI assure qu'il existe au moins une solution c]0,π2[c \in ]0, \frac{\pi}{2}[ telle que f(c)=0f(c) = 0.

2. Unicité de la solution (via la stricte monotonie) : Pour montrer qu'une équation f(x)=kf(x)=k admet une unique solution sur un intervalle [a,b][a, b] :

  • Vérifier que ff est continue sur [a,b][a, b].
  • Vérifier que ff est strictement monotone sur [a,b][a, b] (en étudiant le signe de sa dérivée ff').
  • Vérifier que kk est entre f(a)f(a) et f(b)f(b). Si toutes ces conditions sont remplies, le corollaire du TVI pour les fonctions strictement monotones garantit l'existence et l'unicité d'une solution.

Exemple : Montrer que l'équation cos(x)=x\cos(x) = x admet une unique solution sur R\mathbb{R}. On a déjà montré l'existence d'une solution sur ]0,π2[]0, \frac{\pi}{2}[.

  1. f(x)=cos(x)xf(x) = \cos(x) - x est continue sur R\mathbb{R}.
  2. Étudions la monotonie sur R\mathbb{R} : f(x)=sin(x)1=(sin(x)+1)f'(x) = -\sin(x) - 1 = -(\sin(x)+1). On sait que 1sin(x)1-1 \le \sin(x) \le 1, donc 0sin(x)+120 \le \sin(x)+1 \le 2. Par conséquent, (sin(x)+1)0-( \sin(x)+1 ) \le 0. Donc f(x)0f'(x) \le 0 pour tout xRx \in \mathbb{R}. De plus, f(x)=0f'(x) = 0 seulement si sin(x)=1\sin(x) = -1, c'est-à-dire pour x=π2+2kπx = -\frac{\pi}{2} + 2k\pi. Ces points sont isolés. Ainsi, ff est strictement décroissante sur R\mathbb{R}.
  3. Calculons les limites :
    • limxf(x)=limx(cos(x)x)\lim_{x \to -\infty} f(x) = \lim_{x \to -\infty} (\cos(x) - x). cos(x)\cos(x) est bornée entre -1 et 1, tandis que x+-x \to +\infty. Donc limxf(x)=+\lim_{x \to -\infty} f(x) = +\infty.
    • limx+f(x)=limx+(cos(x)x)\lim_{x \to +\infty} f(x) = \lim_{x \to +\infty} (\cos(x) - x). cos(x)\cos(x) est bornée, tandis que x-x \to -\infty. Donc limx+f(x)=\lim_{x \to +\infty} f(x) = -\infty.
  4. Puisque ff est continue et strictement décroissante de ++\infty à -\infty sur R\mathbb{R}, et que 00 est une valeur intermédiaire, le corollaire du TVI assure qu'il existe une unique solution à f(x)=0f(x)=0 sur R\mathbb{R}.

Optimisation et extremums

La continuité joue un rôle central dans l'existence d'extremums (maximums et minimums) pour une fonction sur un intervalle fermé.

Théorème des bornes atteintes (ou Théorème de Weierstrass) : Si ff est une fonction continue sur un intervalle fermé et borné [a,b][a, b], alors ff admet un maximum et un minimum sur cet intervalle. Autrement dit, il existe c1[a,b]c_1 \in [a, b] tel que f(c1)=minx[a,b]f(x)f(c_1) = \min_{x \in [a,b]} f(x) et il existe c2[a,b]c_2 \in [a, b] tel que f(c2)=maxx[a,b]f(x)f(c_2) = \max_{x \in [a,b]} f(x).

Conditions cruciales :

  • Continuité de la fonction.
  • L'intervalle doit être fermé (type [a,b][a, b]).
  • L'intervalle doit être borné (il ne s'étend pas à l'infini).

Ce théorème garantit l'existence des extremums, mais ne donne pas leur position. Pour les trouver, on utilise généralement la dérivabilité (points critiques, bornes de l'intervalle).

Exemple : Soit f(x)=x24x+1f(x) = x^2 - 4x + 1 sur l'intervalle [0,3][0, 3].

  1. ff est une fonction polynomiale, donc elle est continue sur R\mathbb{R}, et en particulier sur l'intervalle fermé et borné [0,3][0, 3].
  2. D'après le théorème des bornes atteintes, ff admet un maximum et un minimum sur [0,3][0, 3]. Pour les trouver :
    • Dérivée : f(x)=2x4f'(x) = 2x - 4.
    • Point critique : f(x)=0    2x4=0    x=2f'(x) = 0 \implies 2x - 4 = 0 \implies x = 2. Ce point est dans [0,3][0, 3].
    • Valeurs aux bornes et au point critique :
      • f(0)=1f(0) = 1
      • f(2)=224(2)+1=48+1=3f(2) = 2^2 - 4(2) + 1 = 4 - 8 + 1 = -3
      • f(3)=324(3)+1=912+1=2f(3) = 3^2 - 4(3) + 1 = 9 - 12 + 1 = -2
    • Le minimum de ff sur [0,3][0, 3] est 3-3 (atteint en x=2x=2).
    • Le maximum de ff sur [0,3][0, 3] est 11 (atteint en x=0x=0).

Continuité et suites numériques

La continuité est essentielle pour étudier la convergence des suites définies par récurrence du type un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n).

Théorème du point fixe (admis en Terminale) : Soit une suite (un)(u_n) définie par u0Iu_0 \in I et un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n). Si :

  1. ff est une fonction continue sur un intervalle II.
  2. L'intervalle II est stable par ff (c'est-à-dire f(I)If(I) \subseteq I).
  3. La suite (un)(u_n) est convergente vers une limite LL. Alors la limite LL est un point fixe de ff, c'est-à-dire f(L)=Lf(L) = L.

Explication : Si unLu_n \to L, alors un+1Lu_{n+1} \to L. Puisque ff est continue en LL, on a limn+f(un)=f(limn+un)=f(L)\lim_{n \to +\infty} f(u_n) = f(\lim_{n \to +\infty} u_n) = f(L). Donc, en passant à la limite dans un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n), on obtient L=f(L)L = f(L).

Conditions cruciales :

  • La fonction ff doit être continue.
  • La suite doit être convergente. L'étude de la convergence (monotonie et bornitude) est souvent faite avant d'appliquer ce théorème.

Exemple : Soit la suite (un)(u_n) définie par u0=1u_0 = 1 et un+1=2un+3u_{n+1} = \sqrt{2u_n + 3}. On admet que (un)(u_n) est convergente vers une limite LL.

  1. La fonction f(x)=2x+3f(x) = \sqrt{2x+3} est continue sur son domaine de définition, qui est [32,+[[-\frac{3}{2}, +\infty[. Puisque u0=1>32u_0 = 1 > -\frac{3}{2} et que tous les termes de la suite sont positifs, on peut considérer ff comme continue sur un intervalle approprié qui contient LL.
  2. Puisque (un)(u_n) converge vers LL, et que ff est continue, alors LL doit être un point fixe de ff, c'est-à-dire f(L)=Lf(L) = L. L=2L+3L = \sqrt{2L+3} L2=2L+3L^2 = 2L+3 (on doit avoir L0L \ge 0 car \sqrt{\dots} est positive). L22L3=0L^2 - 2L - 3 = 0 Calcul du discriminant : Δ=(2)24(1)(3)=4+12=16\Delta = (-2)^2 - 4(1)(-3) = 4 + 12 = 16. Les solutions sont L=2±162=2±42L = \frac{2 \pm \sqrt{16}}{2} = \frac{2 \pm 4}{2}.
    • L1=242=1L_1 = \frac{2-4}{2} = -1.
    • L2=2+42=3L_2 = \frac{2+4}{2} = 3. Puisque la suite est à termes positifs (u0=1u_0=1, et si un>0u_n>0, alors 2un+3>32u_n+3 > 3, donc 2un+3>3>0\sqrt{2u_n+3} > \sqrt{3} > 0), sa limite LL doit être positive. Donc, L=3L=3. La continuité de ff est essentielle pour affirmer que la limite de la suite est un point fixe. Sans continuité, cette propriété ne serait pas garantie.

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